La Cour des comptes a présenté hier un diagnostic alarmant sur les finances publiques françaises...

Oui, et le plus stupéfiant est que ce diagnostic effectivement inquiétant n’a suscité hier aucune déclaration, aucun commentaire, d’un des candidats à l’élection présidentielle qui sont pourtant en campagne -j’ai bien cherché. A 73 jours du premier tour, cela confirme que cette campagne est étrange, hors-sol, irréelle. Empêtré dans son affaire, François Fillon n’a pas dit un mot alors que le tableau de la Cour résonne avec la « faillite » dont il avait parlé ; Emmanuel Macron n’a pas dévoilé son projet, donc sur les finances publiques, c’est le flou et il y a peut-être un loup ; Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont davantage le mot relance que rigueur à la bouche ; et Marine Le Pen a encore raillé dimanche les « comptables ». Pourtant, ce que dit la Cour des comptes n’est pas neutre. Elle relève que la France est un des quatre pays sur les dix-neuf de la zone euro dont le déficit public a dépassé l’an passé 3 % du produit intérieur, avec la Grèce, l’Espagne et le Portugal. Elle souligne que vingt-six pays européens (sur vingt-huit) ont des dépenses publiques moins élevées. Elle assure que la France a moins redressé ses comptes que les autres depuis 2010 et que ce qui a été fait l’a été en partie grâce à la baisse des taux d’intérêt, pas aux économies.

Bref, ce n’est pas joyeux...

C’est surtout curieux de constater ce désintérêt des candidats, on l’a dit, mais aussi de l’opinion. Chacun pourrait se dire que les déficits et les dépenses insuffisamment contrôlées d’aujourd’hui sont de toute évidence les impôts de demain. Le choc fiscal de 2011-2013 devrait servir de leçon. Or, il n’en est rien. Chacun pourrait aussi se demander pourquoi, avec autant de dépenses et un déficit plus élevé qu’ailleurs, la croissance est si faible. Pourtant, collectivement, nous estimons plus légitime de dire soit que les règles sont idiotes, par exemple les normes de déficit, soit que le thermomètre est faux, en expliquant qu’on ne peut pas comparer un pays et un autre, soit que ce serait tellement mieux si tout le monde faisait comme nous. En attendant, ici, à ce micro, je prends le pari qu’on parlera énormément des finances publiques au second semestre 2017 et que l’on regrettera de ne pas en avoir parlé avant.

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