Vous détaillez les trois plats de résistance du déjeuner attendu aujourd’hui à Berlin, entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.

Ces deux là n’ont pas passé Noël ensemble, mais ils ne quittent plus ! La zone euro sera encore au menu, parce que ce début 2012 ressemble à la fin 2011 - même si on en parle moins avec une campagne présidentielle qui sature l’espace médiatique. En Grèce, cela va de mal en pis ; les banques ne se prêtent toujours pas d’argent entre elles ; et les taux d’intérêt restent élevés en Espagne et en Italie. Dans ce contexte, effectivement, trois plats sont au menu aujourd’hui. Le premier, le plus commenté, n’est pas le plus important.

Ce premier plat, c’est la taxe sur les transactions financières.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont pas intérêt à en parler dès l’apéritif parce que cela risque d’être tendu. Le président français veut aller vite, il a besoin d’un scalp pris sur la finance. La chancelière allemande est d’accord sur le principe mais ses alliés libéraux sont contre. Elle n’a pas envie de jouer sa coalition là-dessus. S’il n’obtient pas un accord à 17 d’ici le 30 janvier, Nicolas Sarkozy agira seul. Sur le fond, cette taxe est justifiée, la finance, responsable de la crise, gagne très bien sa vie. La difficulté est que les ordres boursiers peuvent être déplacés à Londres sur un clic. C’est donc risqué. Cela étant, le Royaume-Uni est très « gonflé » de s’y opposer parce qu’il existe une taxe de ce type à Londres, la stamp duty tax.

Deuxième plat, la crise de l’euro elle-même.

S’il y avait une seule raison pour hésiter à se lancer maintenant dans la bataille de la taxe financière, ce serait celle-là : la zone euro est sous tension. Tout le monde attend la dégradation des triples A européens, peut-être après la réunion de la Banque centrale européenne jeudi. Le propos de l’agence Standard & Poors expliquant dans « Le Parisien » vendredi que la France vaut un triple B a rendu l’Elysée furieux. Je cite un conseiller : « c’est un cauchemar, ce sont des ânes qui ont le pouvoir ». En attendant, Paris espère toujours persuader l’Allemagne de laisser intervenir massivement la BCE. Je cite encore : « La BCE interviendra, mais peut-être trop tard, quand la zone euro sera morte ». Vous voyez l’ambiance !

Troisième plat, la conjoncture...

Là, il y a une lueur d’espoir. Economistes et industriels le disent : la situation n’est pas aussi mauvaise qu’on le craignait avant Noël ; cela ne chuterait plus. Les Etats-Unis envoient des signaux positifs. L’Europe est dans la crise, mais l’Allemagne éviterait la récession. La vérité oblige à dire que cela n’arrange pas les affaires de Paris, qui a besoin que Berlin se sente fragilisé pour assouplir ses positions. La vérité oblige à dire aussi que si la France était plus dégradée que l’Allemagne, cela serait compliqué pour Paris. Mais, évidemment, çà, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ne se le diront ni au dessert ni au café. Ils partagent le même menu, mais ils n’ont pas les mêmes cartes. C’est ce qui est compliqué.

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