C’est bizarre comme question, je le reconnais : s’inquiéter de la faiblesse de l’inflation est étrange. A priori, quand les prix sont sages, c’est bon pour le pouvoir d’achat puisque les revenus ne sont pas grignotés ; c’est bon pour les entreprises qui savent à quoi s’en tenir pour leurs projets ; c’est bon parce que les taux d’intérêt sont bas. Mais voilà, il y a un problème quand les prix deviennent trop sages, quand l’inflation s’approche de zéro. Pourquoi ? Parce qu’on risque de rentrer dans une spirale avec des prix et des salaires qui baissent et du coup des dettes qui deviennent insupportables à rembourser. C’est ce qu’a connu le Japon. Bref, on a besoin de pas trop d’inflation, mais d’un peu quand même. Sinon, un mot terrible, angoissant, chargé d’Histoire, intervient : la déflation.Et donc le signal d’alerte est lancé dans la zone euro ? On vient d’apprendre que les prix ont progressé de 0,8% seulement depuis un an ; si on écarte ce qui est volatil, ce qui bouge beaucoup, l’énergie, l’alimentaire, on tombe à 0,7% - le chiffre le plus bas depuis 2001. On en connaît les causes : prix du pétrole stables, salaires qui baissent en Espagne et en Grèce et euro fort qui jette un seau d’eau froide sur les prix importés. Attention danger, alertent beaucoup d’économistes. Quand on ouvre cette porte-là, on ne sait pas ce qu’il y a derrière. Pour l’instant, nous ne sommes pas en déflation. Mais menace-t-elle vraiment ? Il est difficile de répondre – et je vois André Manoukian qui hésite. Mais un certain nombre d’éléments amènent à penser que non. D’abord, 0,8% c’est une moyenne tirée vers le bas par trois pays où les prix reculent, la Grèce – - 3% -, Chypre et la Lettonie. A l’inverse, en Allemagne, ils augmentent vraiment poussé par les salaires. Ensuite, second élément, la zone euro est quand même en train de repartir. Donc, ce passage à vide ne serait qu’un trou d’air. Au total, que la menace se concrétise n’est donc pas le plus probable. Mais attention : cela ne veut pas dire que la Banque centrale européenne ne doit pas agir.Pourquoi ? Sa mission est de maintenir l’inflation en dessous de 2% ; mais pas loin de 2%. On n’y est pas, c’est évident. C’est donc un échec. Dans les pays où çà va toujours mal, ceux du Sud, il faut mettre de l’huile dans les rouages et aider à effacer les dettes. Au-delà de l’orthodoxie monétaire, qui peut croire que ces pays qui ont un chômage extravagant reviendront à une situation normale naturellement, sans que rien ne soit fait ? Personne. Qu’ils soient responsables de leur situation ne change rien. Alors quoi ? Les taux d’intérêt sont si bas (0,25%) qu’il n’y a plus de marge. Cela veut dire que la BCE doit avoir une approche politique et pas technique. Si elle veut que les élections européennes ne soient pas un raz de marée pour les partis eurosceptiques et populistes, elle ne doit pas s’en laver les mains, elle doit mettre les mains dans les cambouis et faire preuve d’imagination sans attendre.

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