Edouard Philippe va donc annoncer la baisse de 90 à 80 kms/h de la limitation de vitesse sur les routes.

Oui, et si la décision est bel et bien confirmée, des arguments économiques seront avancés, même si l’essentiel -naturellement- n’est pas là. Quels sont ces arguments qui doivent être écoutés ? Le coût et pertes des accidents corporels (on ne parle pas là des véhicules) est estimé à 38 milliards d’euros, dont 22 milliards au titre des victimes hospitalisées. Ce sont des chiffres infiniment supérieurs au milliard d’euros (entre 1 et 2) rapportés par les radars dont nous rebattent péniblement les oreilles ceux qui protestent contre toute mesure nouvelle depuis quarante ans. 

Le gouvernement, lui, avance un argument pour justifier sa mesure : passer à 80 kms/h allégerait la facture d’essence de 120 euros par an pour une famille (on consomme moins) ; tandis que la France économiserait 400.000 tonnes de carburants et diminuerait ses émissions de CO2. On pourrait ajouter encore que s’il y a moins d’accident, les primes d’assurance automobile diminueront – alors qu’elles sont reparties à la hausse ces dernières années. 

En réalité, chacun de ces arguments peut bien sûr être contesté sur tel ou tel point. Sauf un, qui n’est pas économique mais cinétique : quand on roule moins vite, il y a moins d’accident et ils sont moins graves. La réalité est aussi celle-ci : il y a plus de 3.000 morts et 24.000 personnes blessées et hospitalisées par an sur la route. La France a un résultat moins bon que la moyenne européenne. 

Donc, l’économie n’est pas le bon angle

Ce n’est pas l’économie qui permet de dire que le passage à 80 kms n’est peut-être pas la meilleure solution sur le papier, qu’elle est certainement moins subtile que d’autres, mais qu’elle est la plus propre à marquer les esprits et, surtout, à être appliquée -ce qui est l’essentiel. 

Nous serons nombreux à râler au volant sur les routes droites mais il faut reconnaître que, depuis quinze ans, la politique conduite par la gauche et la droite, qui a fait travailler ensemble l’Etat et des opérateurs privés, les ministères de l’Intérieur et de la Justice, de l’Equipement et des Finances (ce n'était pas gagné), cette politique a été efficace. 

Au total, cette mesure a tout (devrait avoir tout) pour être approuvée à la fois par ceux qui veulent que l’économie ralentisse et par ceux qui veulent davantage d’économies dans les dépenses publiques. Voilà. Tout cela n’est pas uniquement économique, mais c’est assurément un éditorial.

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.