Cinquante jours après le début du mouvement des Gilets Jaunes, le samedi 17 novembre, quels sont au fond ses effets économiques ?

Ils sont probablement assez limités à court terme, mais plus lourds qu’on ne croit à moyen-long terme. 

Dans l’immédiat, l’Insee, la Banque de France et Rexecode voient une perte de 0,1 à 0,2 point sur la croissance, soit entre deux et quatre milliards d’euros. 

Si on regarde çà d'un peu haut, c’est peu : le PIB dépasse 2.350 milliards d’euros. Mais si on zoome sur trois secteurs très concernés, le commerce, l’hôtellerie-restauration et la construction, trois secteurs qui dépendent des déplacements, c'est important. Hier soir, le gouvernement a indiqué que 4.000 entreprises avaient jusqu'à maintenant mis en œuvre du chômage partiel pour 59.000 salariés en raison des Gilets Jaunes. 

On peut subodorer que les pouvoirs publics ont tout intérêt à faire de la mousse autour des dégâts économiques, mais là on parle d’emplois concrets, d’entreprises réelles, de chiffre d’affaires qui ne rentrent pas tout à fait réels. On a souvent le réflexe de la macro-économie, globale, alors que la vraie vie, c’est la micro-économie. 

Au-delà, évaluer l'impact des mouvements sociaux a toujours été compliqué. Pour l’anecdote, l’Insee avait estimé à 5% la chute d’activité au deuxième trimestre de 1968, avant un rebond de 8% au troisième. Mais comme l’Insee était aussi en grève, c’était du doigt mouillé et du pifomètre.  

Et l’effet à moyen terme ? C’est dans quelques mois que l’on saura si les investissements étrangers en France ralentissent, on suivra de près les décisions liées au Brexit, les banques qui voulaient venir à Paris iront-elles par exemple à Francfort ? Les images des samedis à Paris n’ont certainement pas rassuré. 

Mais l’essentiel est bien sûr de savoir si le gouvernement sera ou non paralysé, s’il va désormais godiller à vue en évitant les obstacles ou s’il va continuer à agir -on en saura plus après le séminaire gouvernemental de ce matin. 

Vu des milieux d’entreprise, la séquence montre qu’il n’y décidément pas de consensus dans le pays sur l’économie et donc que les réformes, quand elles sont faites, peuvent être annulées un jour ou l’autre. 

Bref, c’est le retour de l’instabilité économique et fiscale qui fait peur. 

Il est très regrettable que les milieux économiques, parce qu’ils ne sont pas visés directement, par prudence, soient aussi silencieux et ne disent pas ce qu’ils pensent et ce qu’ils peuvent faire.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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