L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ____Google a annoncé hier la préparation d’une grande et nouvelle offensive contre un autre géant, Microsoft. Cela concerne moins l’avenir de la planète que le climat et les négociations du G8 en Italie, et cela paraît moins important que la suppression confirmée hier et semble-t-il réussie de la taxe professionnelle pour les entreprises. Mais cette histoire concerne un peu notre vie de tous les jours. A ma droite, Google, c’est le géant de l’Internet avec son célébrissime moteur de recherche. A ma gauche, Microsoft, le géant du logiciel et des systèmes d’exploitation, le logiciel qui fait tourner l’ordinateur, puisque Windows équipe, soyons précis, 95,4%, des ordinateurs. Eh bien, hier, Google a annoncé qu’il allait lancer lui aussi un système d’exploitation. Il s’appellera Chrome OS et sera « ouvert », c’est-à-dire non breveté, modifiable et gratuit pour les utilisateurs. C’est un événement puisque Google s’attaque aussi aux navigateurs qui permettent d’aller sur la Toile, et notamment Internet Explorer qui est un label, devinez, Microsoft. C’est une guerre sans merci. Assez passionnante. Google est le roi sur Internet, Microsoft a assis sa fortune sur les PC, les ordinateurs personnels. Chacun a déjà livré des batailles pour gagner du terrain. A droite, donc, Google a lancé des outils bureautiques, plus récemment des outils pour les ordinateurs les plus simples et il va maintenant sur le cœur de métier de son concurrent, les logiciels. A gauche, Microsoft, lui, a fait le parcours inverse. Il est parti du logiciel et tente d’imposer ses moteurs de recherche. L’enjeu de cette guerre est élevé : Microsoft risque très gros s’il ne s’impose pas sur le Web. Pourquoi ? Parce que le modèle économique est en train de changer. Vous et moi n’auront bientôt plus besoin d’être pied et poing liés avec un système d’exploitation en achetant notre ordinateur : les applications se trouvent sur Internet. Tandis que les rentrées d’argent ne se font plus en vendant des logiciels mais avec la « pub » du Web. Cette concurrence est-elle une bonne chose pour le client ? Sans aucun doute. L’innovation est toujours un facteur positif et elle empêche la constitution de monopoles qui emprisonnent le consommateur. Jusqu’à maintenant, ce sont les autorités de régulation économique qui ont fait ce travail en condamnant la position dominante de Microsoft. Mais Google n'est pas sûr de gagner. Jusqu’à maintenant, aucun des deux challengers n’a réussi à déstabiliser son adversaire. En attaquant Microsoft, quatrième capitalisation mondiale en Bourse, Google fait un pari spectaculaire, sympathique, mais en fait fou. Cela fait trente ans que Microsoft résiste aux attaques. C’est pour cela que l’objectif de Google, si on creuse un peu, n’est pas vraiment de renverser l’ennemi mais de le déstabiliser, de l’effrayer, en l’obligeant à dépenser de l’argent pour améliorer ses produits. Tout ça est plus compliqué qu’un banal conflit de génération, le défi du jeune Google au vieux Microsoft. Une chose est sûre : cela concerne de près le budget high-tech et l’accès aux ressources illimitées d’Internet de milliards de personnes dans le monde. Un match vraiment à suivre donc.

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