François Vidal du quotidien les Echos, nous parle ce matin de la panne qui a paralysée le réseau mobile d’Orange vendredi.

Pour quelles raisons ?

Initialement, je voulais faire ma chronique sur la grande conférence sociale qui s’ouvre aujourd’hui. Mais devant l’ampleur prise par le bug qui a frappé les abonnés d’Orange, j’ai choisi de m’arrêter sur cette actualité. Il faut dire que cet incident technique a quelque chose d’exceptionnel. C’est un peu comme si le réseau électrique d’EDF disjonctait privant d’électricité tout l’hexagone ou si tous les trains de la SNCF s’arrêtaient simultanément en rase campagne. Vu comme ça, on comprend mieux l’émotion provoquée par cette panne dans le pays. D’abord, évidemment chez les 28 millions de français qui ont été privés de téléphone mobile pendant 10 heures, un jour de résultats du Bac et de départs en vacances. Une journée au cours de laquelle sont envoyés à peu près un milliard de SMS. Au sein du gouvernement, ensuite. Puisque ce bug géant aura mobilisé pas moins de deux ministres pendant tout le week-end. Chez Orange, enfin. Car cet incident est un véritable cauchemar pour l’une des premières entreprises du pays, l’un de nos fleurons technologiques, déjà ébranlée par une série de mises en examen la semaine dernière. Ce nouveau coup dur a conduit son PDG Stéphane Richard, à présenter ses excuses dès vendredi et à promettre de faire toute la lumière sur cette crise le plus rapidement possible.

Quelles leçons peut-on déjà tirer de cet incident technique ?

Il y en a deux, Pierre. La première c’est que cette panne met en évidence notre très grande dépendance à la téléphonie et à l’Internet mobiles. La dépendance de Monsieur Tout-le-monde d’abord, pour qui être joignable et pouvoir joindre ses proches en toutes circonstances est désormais naturel et indispensable. La dépendance des entreprises, surtout, pour lesquelles être connectées est devenu primordial, pour la gestion de leurs équipes ou le contrôle de pans entiers de leur activité. Bref, pour leur bon fonctionnement.Et encore, la téléphonie mobile reste aujourd’hui cantonnée à la seule sphère de la communication pour l’essentiel. Mais, imaginez les conséquences d’un tel incident quand le smartphone sera devenu notre principal moyen de paiement. C’est alors une bonne partie de l’activité économique qui s’arrêtera net, le temps de trouver l’origine de l’incident. En fait, avec cette panne, nous sommes confrontés à l’un de ces risques technologiques majeurs - les virus informatiques en sont un autre exemple - face auxquels nos sociétés très interconnectées apparaissent particulièrement vulnérables.

Et la seconde leçon ?

Eh bien, la seconde leçon de ce bug informatique aux effets désastreux, c’est l’intolérance de notre société face à l’idée même de panne. La ministre déléguée à l’économie numérique Fleur Pellerin l’a clairement indiqué dès hier : « la défaillance du réseau n’est pas une option », a-t-elle déclaré, ajoutant même « un tel incident ne doit plus se reproduire ». Ce genre d’incidents reste heureusement rarissime. Mais imaginer que l’on puisse garantir le « zéro panne, zéro défaut », c’est se tromper. Le « risque zéro » n’existe pas ! Cela ne signifie pas qu’il faille accepter ces bugs avec fatalisme. Bien au contraire, les entreprises doivent se donner les moyens d’en minimiser la probabilité, mais aussi d’en limiter les conséquences. Elles y ont d’ailleurs tout intérêt. De ce point de vue, le bug d’Orange constitue un véritable cas d’école, puisqu’il affecte l’opérateur français qui investit le plus dans son réseau. Ce n’est donc pas un déficit de capacité qui explique l’incident. Sûre de sa force, l’entreprise a même fait de la qualité de son réseau l’axe principal de sa riposte, face à l’offensive de Free Mobile. Maintenant qu’elle a été frappée par la foudre, Orange va devoir revoir sa communication et prouver à ses clients combien elle tient à eux. C’est tout l’enjeu de la polémique qui s’amorce sur l’ampleur de l’indemnisation consentie par l’opérateur téléphonique.

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