La banque de la sécurité sociale, l’Acoss, publie ce matin des données qui montrent un repli de l’emploi à domicile.

Vous annoncez les choses de façon tout à fait sobre et délicate et vous avez raison, mais disons les choses comme elles sont : le mot juste est plutôt celui de chute ! L’Acoss, l’organisme qui chapeaute les Urssaf et encaisse les cotisations sociales, indique qu’au premier trimestre de cette année, tous les indicateurs sont passés au rouge par rapport à l’année précédente. Le nombre d’employeurs de salariés à domicile s’est contracté de 3%, les salaires qu’ils versent de 7% et le nombre d’heures déclarées de 8% - soit tout de même dix millions d’heures en moins. Tout cela, c’est très concret : cela concerne les travaux ménagers à domicile, l’aide aux personnes âgées, le soutien scolaire et même un peu les gardes d’enfant – les nounous.

Evidemment, la question qu’on a envie de vous poser tient en un mot : pourquoi ce recul ?

Et la réponse tient en deux mots : la crise et les impôts. La crise, c’est évident, quand le pouvoir d’achat baisse pour la première fois depuis trente ans, quand le chômage augmente, l’emploi à domicile recule. Les petits cours particuliers de math pour votre fille, la personne qui vient faire trois heures de ménage par semaine et à qui vous demandez de ne venir que deux heures, ce sont les premiers postes que l’on coupe quand les revenus baissent. Quand on perd son emploi, on serre aussi son budget familial. Voilà la première raison et elle n’est pas négligeable. Mais ce n’est pas l’essentiel.

Parce que l’essentiel est que ?

Que cette affaire est une illustration absolument parfaite de ce que trop d’impôt tue l’impôt, trop de charges tuent les charges, et tue l’emploi – en tous cas l’emploi déclaré. En deux ans, il y a eu des serrages de boulons fiscaux. Début 2011, le gouvernement Fillon a supprimé l’abattement de quinze points sur les cotisations patronales dont bénéficiaient les ménages employeurs. Et depuis le 1er janvier 2013, les employeurs ne peuvent plus déclarer leurs salariés à domicile au forfait, c’est-à-dire en calculant les cotisations sociales sur la base du Smic, quel que soit le niveau de salaire versé. Le résultat de tout ça, une mesure de droite, une mesure de gauche, est que ça a alourdi le coût de l’emploi à domicile de façon parfois significative. Il y a eu bien évidemment du travail qui est devenu au noir.

Mais il faut bien aller chercher l’argent, là où il est …

Sans doute, mais là, l’effet sur l’emploi et les recettes de cotisations sociales est direct, immédiat, parce que les contrats d’un salarié à domicile sont très souvent renouvelés, un turn-over d’au moins 15% par an et qu’il est facile d’y substituer du travail au noir. Oui, une augmentation des impôts ou des cotisations sociales a un impact sur l’activité économique – ça n’est pas neutre. Dans quelques temps, on aura des explications pour savoir quelle est la part de la crise et du tour de vis fiscal, mais on peut faire le pari que cette illustration par les emplois à domicile pourrait figurer dans les manuels d’économie bien plus que de longs discours théoriques.

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