La santé, dit-on, n’a pas de prix, mais elle a un coût. Un cas d’école pose que vous nous posez ce matin.

C’est une histoire évoquée hier – par exemple par Danièle Messager à ce micro. On parle d’un médicament contre l’hépatite C qui est très efficace, presque un remède miracle, qui guérirait quasiment à coup sûr de l’Hépatite C sans les effets secondaires de ceux qui existent déjà. Mais un médicament au coût : 650 euros le comprimé, 56.000 euros pour un traitement de trois mois. Ce qui a attiré l’attention, c’est quelque chose de nouveau. Des médicaments chers, il y en a beaucoup ; mais ils concernent peu de monde. Cette fois-ci, nous avons un médicament hors de prix ET beaucoup de bénéficiaires potentiels. Cela n’était a priori jamais arrivé. Rien qu’en France, 230.000 personnes seraient infectées par cette maladie qui provoque 3.000 décès par an. Faites le calcul : le médicament pourrait coûter trois milliards d’euros si on soigne les malades les plus atteints - un tiers du total.

Mais – dites-vous – ce médicament doit être distribué : il n’y a pas de débat éthique sur ce point. La question de l’administration d’un médicament extraordinairement coûteux à un malade, par exemple du cancer, qui grâce à ce médicament gagnera simplement quelques jours ou semaines de vie, c’est une question très difficile, peut-être insupportable, mais légitime. Dans le cas du Sovaldi, le sujet est différent puisqu’il est censé guérir définitivement. Il n’y a pas d’hésitation éthique.

Sait-on pourquoi ce médicament a un coût exorbitant ? On a entendu ici ou là une comparaison entre le coût du médicament et son coût de fabrication, qui ne serait que de 200 euros par patient, pour fustiger Gilead, le laboratoire américain de biotechnologie qui le produit. Evidemment, ce parallèle est scandaleux. Dans la santé, la reproduction des pilules n’est rien, ce sont les frais de recherche qu’il faut amortir. Et dans ce cas, il y en a eu pour des milliards d’euros.

Quelles solutions alors pour que le médicament puisse être remboursé par la sécurité sociale et distribué largement ? Au préalable, rendons-nous compte que nous touchons du doigt chez nous un problème que les pays du Sud ont tous les jours : comment soigner une population avec des médicaments hors de prix ? Alors, trois solutions. On peut rationner le Sovaldi, mais comment accepter de laisser la maladie dégénérer en ne le réservant qu’aux cas graves ? La logique voudrait que l’on dérembourse d’autres médicaments moins efficaces mais qui aura le courage ? Alors, la voie choisie, c’est un bras de fer pour faire baisser le prix du médicament. La société américaine tire sur la corde parce qu’elle sait que des concurrents arriveront dans deux ans. Du coup, les autorités de santé et des députés qui se sont saisis lundi du sujet se battent pour faire baisser le prix du traitement autour de 15-20.000 euros. Derrière cette bagarre, on voit à la fois les difficultés de la maîtrise des dépenses de santé et la bonne nouvelle qu’est: la guérison possible pour de milliers de personnes.

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