Agnès Buzyn a présenté hier un plan pour lutter contre les ruptures de stocks de médicaments et de vaccins, qui ont été multipliées par vingt en vingt ans – et cela concerne parfois des produits vraiment importants pour les patients. La cause de cette pénurie de médicaments est surtout industrielle.

Pénurie de médicaments
Pénurie de médicaments © Getty / Luis Alvarez

La ministre de la Santé a annoncé des mesures pour améliorer l’information entre professionnels et pour donner plus de latitude aux pharmaciens. Mais la vérité est, et elle le sait parfaitement, que les causes de ces pénuries sont aussi industrielles. En une phrase : les médicaments ne sont plus fabriqués en France. Du coup, les chaînes de fabrication sont allongées et quand il y a un problème dans un site de production, tout devient compliqué. 

Des molécules qui viennent en majorité de l'étranger

Dans 80 % des cas, les principes actifs (les molécules de base) sont fabriqués hors d’Europe, contre 20% il y a trente ans. Soyons très concrets : les trente-cinq molécules de base en oncologie viennent d'Orient, notamment de Chine, par trois fabricants, selon l'Institut National de lutte contre le cancer. Le nombre de sites de production en France a chuté, c’est un exemple parlant de la désindustrialisation. Dernier exemple chiffré : sur les 280 médicaments autorisés ici entre 2012 et 2016, 20 sont fabriqués sur notre territoire. C’est de Chine, d'Inde, et des Etats-Unis pour les produits les plus sophistiqués, que les médicaments arrivent. 

Quand le contrôle qualité n’est pas respecté et que l’usine asiatique cesse de produire, la France n’a du coup plus d’antihypertenseurs -c'est ce qui est arrivé. Si Donald Trump voulait ouvrir une guerre économique, l’Europe se retrouverait sans produits innovants contre le cancer. Comme dans les hautes technologies (on pense aux télécoms) et le numérique (les GAFA), nous sommes dépendants de l’extérieur. 

Pourquoi ? 

Il y a trois raisons : 

  • La 1ère est que les pays émergents consomment désormais beaucoup de médicaments en se développant (tant mieux) mais que la production ne suit pas, ne serait-ce que parce qu’il y a des contrôles de plus en plus longs. 
  • La deuxième est les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas enthousiasmés par la France, où les prix de vente sont moins élevés et les coûts de production plus élevés qu’ailleurs. 
  • La troisième raison est financière, il y a eu des concentrations et les laboratoires cherchent la rentabilité (c’est logique) mais plus encore que dans d’autres secteurs (ce qui choque).

Quelles solutions ? L’idéal serait de relocaliser la production en Europe et en France, et pas seulement la mise en boite et l’emballage, avec des incitations. Mais cela aura des conséquences sur les prix de vente. Hier, Emmanuel Macron a invité dans un dîner fermé une trentaine d’industriels de la pharmacie pour évoquer, justement, ces sujets. Mais on le voit : la logistique, la géopolitique et l’industrie en sont le cœur.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.