L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». _____Les compagnies aériennes mondiales ont lancé hier un cri d’alarme à Kuala Lumpur, en Malaisie. 230 compagnies sont réunies pour leur congrès. Elles ont dévoilé des chiffres qui montrent qu’elles traversent la crise la plus forte de leur histoire. Cette année, le nombre des passagers va baisser de 180 millions. Sur 2 milliards par an, cela ne paraît pas énorme, mais comme ceux qui voyagent encore voyagent pour moins cher, le chiffre d’affaires des compagnies va baisser de 15%, deux fois plus qu’après les attentats du 11 septembre 2001. Ce n’est pas un chiffre idiot : on a appris hier que le trafic d’Air France a plongé de 8% en mai. Voilà pour les chiffres mais cela fait beaucoup d’argent envolé et de pertes. Les explications sautent aux yeux. Trois entreprises sur quatre ont réduit les déplacements de leurs cadres au profit de la visioconférence. Or, il faut savoir que les voyages professionnels représentent une part élevée du trafic aérien, de ces deux milliards de trajets. Autres éléments, le trafic cargo a dégringolé, le prix du pétrole remonte, sans oublier l’effet attendu de la grippe A, si elle repart à l’automne. Que peuvent faire les compagnies ? Dans le monde entier, elles diminuent leurs coûts. Elles réduisent le nombre de leurs vols parce qu’un avion au hangar coûte moins cher et que cela permet de maintenir les taux de remplissage. Elles baissent leurs effectifs et font des prix agressifs. Mais ça ne suffit pas. Le secteur va se « consolider ». En clair, cela veut dire que les compagnies les plus fragiles vont faire faillite et que leur nombre va diminuer à cause de fusions. Air France KLM a repris 25% d’Alitalia. British Airways veut fusionner avec Iberia. Lufthansa doit reprendre Austrian Airlines. Bientôt, en Europe, ces trois compagnies domineront d’ailleurs le ciel. Mais c’est partout comme cela, en Asie et même dans le Golfe persique. La situation est-elle si grave que cela ? C’est la vraie question. Elle est grave mais à quel point ? Car il faut savoir que si les compagnies crient fort, c’est pour se faire entendre des pouvoirs publics et obtenir davantage de libéralisation - en clair, le droit de s’unir comme elles le veulent. Mais les autorités de Bruxelles comme américaines ne voient pas cela d’un bon œil : elles craignent comme la peste l’effet des ententes sur les prix. Du côté de ceux qui relativisent la situation, on trouve également les vendeurs d’avion qui n’ont pas l’air trop inquiets. Airbus, par exemple, considère que, crise ou pas crise, le trafic aérien double tous les 15 ans parce que la mobilité est inscrite dans les gènes du monde actuel, surtout en Asie. Un constructeur d’avion a sans doute intérêt à dire cela. Le trafic aérien va peut-être durablement ralentir, il suffit de regarder les étudiants qui parcourent le monde sans même s’en apercevoir. Mais un nouveau modèle économique est à inventer. Ce n’est pas un hasard, si dans le transport aérien comme dans l’automobile, ce sont les low costs qui s’en sortent le mieux. Dans toute l’économie, l’échelle des prix, ce qui vaut cher, ce qui ne vaut pas cher, est en train d’être profondément bousculé et personne ne sait où sera la ligne de partage.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.