Les douanes ont annoncé hier le niveau du déficit du commerce extérieur en avril : plus de 7 milliards d’euros, un record.

C’est un mauvais chiffre qui exige que les responsables politiques s’y intéressent, toutes affaires cessantes. Sept milliards d’euros d’écart entre ce que la France a exporté et importé de marchandises en avril, ce n’est pas seulement un trou. C’est une pente glissante qui nous entraîne vers un gouffre. Sur un an, le déficit commercial dépasse déjà 61 milliards d’euros. Pour se faire mal, signalons que l’excédent allemand atteint 155 milliards d’euros ! Même ceux qui considèrent que l’Allemagne n’est pas un modèle doivent se poser des questions. Alors, quand on voit cela, la tentation est de se rassurer. En croyant que les bons chiffres du côté des services compensent les mauvais du côté des marchandises ; hélas, ce n’est plus vrai. En accusant euro, trop élevé ; hélas, nous commerçons surtout en Europe ; en gémissant de la flambée du prix du pétrole ; hélas, les deux tiers de la détérioration viennent des échanges industriels. Là, le déficit dépasse 50 milliards. C’est ahurissant.

Quelles explications peut-on donner ? Un mot : un manque de compétitivité. D’où vient-il ? Le hasard faisant parfois bien les choses, le patronat et des syndicats ont publié, mardi, un texte commun assez surprenant et courageux sur ce sujet, précisément. Le Medef, la CGPME, les artisans, la CFDT, la CGC, la CFTC –pas la CGT et FO– ont travaillé pendant un an. Le fait qu’ils cosignent un document est déjà remarquable, mais en plus, ils apportent un début de réponse. Que disent-ils ? Surprise, s’agissant des syndicats, ils pointent la hausse du coût horaire du travail -+ 37% en dix ans-, supérieure à celle de la zone euro et de l’Allemagne (+15%). Si l'on tient compte de la productivité, élevée en France, le coût de production se rapproche de la moyenne mais au dessus encore. Mais l’important est aussi que le Medef reconnaît, lui, qu’il n’y a pas que le coût du travail. Dans son jardin, un taux d’emploi trop faible et une gestion des ressources humaines inadaptée.

Le patronat et les syndicats ont-ils des solutions ? C’est là que les choses se corsent. Ils soulignent les bienfaits du crédit d’impôt recherche parce que nos produits ne font pas assez la différence, se banalisent ; ils invitent la France à développer les entreprises de taille moyenne. Ils réclament un rapprochement entre l’éducation et les besoins du marché du travail. Ils appellent surtout à une réforme des prélèvements obligatoires pour que le financement de la sécurité sociale repose moins sur les salaires, mais plus sur l’impôt payé par tous. Les mots de TVA sociale et de taxation du capital ne sont pas prononcés, mais l’idée est là. En fait, c’est un travail de longue haleine. L’essentiel est que chacun se convainque qu’il n’est pas normal que la France soit déficitaire par exemple en automobile et en pharmacie, deux de ses points forts.

C’est un sujet prioritaire pour 2012 ? Ultra-prioritaire. Même si on a envie de conclure par un clin d’œil : l'un des pays où la croissance a été la plus forte en Europe au premier trimestre est la Belgique... pays sans gouvernement depuis un an !

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