Hier, la Commission européenne a confirmé qu’elle envisageait de taxer les importations chinoises de panneaux solaires pour cause de dumping. A-t-elle raison ?

Oui, elle a raison. Et il est intéressant de noter que c’est le second virage - presque idéologique - de Bruxelles. Il y a une semaine, elle levait le pied sur la réduction des déficits publics. Hier, donc, c’est le commissaire le plus libéral de la Commission, Karel de Gucht, chargé du Commerce, qui a proposé cette décision aux 27 Etats membres. Cette décision, c’est de taxer en moyenne de 47% les panneaux solaires qui débarquent de Chine. C’est le bras de fer le plus important de ces dernières décennies entre Europe et Chine.

Et donc, la Commission a raison parce que les Chinois ont « cassé » le marché ?

Il y a six ans, ils ne produisaient presque aucun panneau solaire (ou cellule photovoltaïque). En 2011, ils ont exporté pour plus de 20 milliards d’euros de panneaux vers l’Europe, prenant 80% de parts de marché. Comment ? En produisant à perte et avec des entreprises subventionnées. Résultat : les prix des panneaux ont plongé de 75%, les industriels Européens ont mis la clé sous la porte. Les Etats-Unis, eux aussi l’an dernier, ont mis en place des droits de douane de 30 à 250%.

C’est donc un bras de fer qui s’engage ?

Les Chinois ne vont pas se laisser faire et, en Europe, ils trouveront des appuis chez les installateurs de panneaux – ceux qui vous proposent de garnir votre toit – qui craignent une flambée des prix et la mort du solaire, déjà cher par rapport aux autres énergies. Pékin va utiliser des moyens de rétorsion, mais – à mon avis – devra composer. Parce que ce qui est en jeu, c’est la capacité de la Chine à être un partenaire normal dans le commerce international. Pour Bruxelles, c’est en tout cas un changement doctrinal, celui non pas du protectionnisme, mais de la réciprocité. On verra si Angela Merkel suit. En tous cas, Washington ne se pose pas tant de questions : les Etats-Unis protègent par exemple leurs équipementiers télécoms contre les géants chinois, ce que l’on ne fait pas.

Vous l’avez dit, pour vous, c’est une décision sage, mais pourquoi l’Europe a-t-elle tant tardé ?

Parce qu’il ne faut pas balayer les arguments libéraux comme étant idiots par principe. Je les résume. Oui, il est nécessaire de protéger les industries stratégiques, Airbus par exemple. Mais pas la production de tee-shirts, dont la valeur ajoutée est faible. Parce que, là, c’est l’avantage de prix pour le consommateur qui l’emporte pour l’économie. Alors, le panneau solaire et ses siliciums, stratégique ou pas ? Si on répond que non, que le produit est assez basique (comme les RAM de mémoire des ordinateurs), on a intérêt, si on est cynique, à avoir les prix les plus bas possibles pour réussir la transition écologique et équiper la France. Surtout la France qui, à l’inverse de l’Allemagne, a peu d’industriels dans le secteur. C’est très cynique, mais voilà le raisonnement !

Tout est donc affaire de cas par cas ?

En quelque sorte. Ce qui est clair est que le libéralisme, ce n’est pas la jungle ni le renard chargé de surveiller le poulailler. Il y a des règles : pour faire savant, on le définit par « check and balances », des contrôles et des contre-pouvoirs.

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