Quelles seront les conséquences économiques de la décision de Donald Trump sur l’Iran ?

Distinguons ce qui est certain de ce qui ne l’est pas. Les effets macro-économiques de la décision concernent le pétrole et ils sont incertains. Washington veut revenir à l’avant 2015, quand l’Iran, sanctionné, ne trouvait plus d’acheteur. A nouveau les compagnies américaines n’ont plus le droit d’acheter de brut iranien, mais la question se pose surtout pour les pétroliers régionaux et européens. 

Les Etats-Unis ont une conception extensive (impériale) de leurs droits : ils considèrent qu’ils s’appliquent partout dans le monde dès que le commerce se fait en dollar. Et si des sociétés européennes ou asiatiques n’obtempèrent pas à leurs règles de blocus, elles n’ont plus le droit de travailler aux Etats-Unis ou paient des sanctions lourdes. Cela fait réfléchir. 

Le Français Total est très concerné parce qu’il a conclu un gros contrat gazier en Iran : il espère une dérogation et aurait expurgé de son projet tout ce qui a un lien (comme les logiciels) avec les Etats-Unis pour contourner les sanctions. 

Bref, on sait que la production pétrolière et gazière de l’Iran va chuter, mais jusqu’où, on ne sait pas. 

Cela changera-t-il les équilibres économiques ? Pas sûr. La demande mondiale de pétrole est de 100 millions de barils jour et l’Iran en exporte 2 millions, seulement 2%. L'Arabie saoudite peut aussi soutenir Trump en augmentant sa production. Donc pas trop d’inquiétude immédiate liée à l'Iran pour les prix à la pompe.

Qu’en sera-t-il pour l’Iran ?

Les effets seront certainement lourds dans un pays qui est allé mieux après la levée des sanctions, avec une croissance qui a même dépassé les 10%, avant de retomber en ce moment. Si les investisseurs internationaux s’en vont -au moins par prudence sinon par obligation juridique -, le pays va à nouveau traverser une période difficile. C’est le but de Trump qui veut mettre à genoux Téhéran, comme Ryad et Israël.

Enfin, que peuvent faire les entreprises françaises ?

La décision américaine n’est pas seulement un camouflet pour les gouvernements européens, les entreprises européennes donc françaises vont devoir faire des choix difficiles. Partir ou rester ? 

Paris est le 4ème partenaire commercial de l’Iran, Renault et PSA sont leaders du marché automobile, Iran Air a commandé une centaine d’avions à Airbus. Washington donne jusqu'au 4 novembre aux entreprises pour quitter l’Iran mais Téhéran, qui a indiqué hier soir que l’accord nucléaire reste à ses yeux valable, demandera certainement à ses signataires européens d’en tirer les conséquences et de rester. 

L’économie va clairement être un des leviers du bras de fer entre l’Europe et les Etats-Unis.

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