Le bilan économique de la mandature de l'exécutif et du Parlement européens est globalement bon, mais avec des divergences accentuées entre pays. Le bilan politique est désastreux.

Il y a un côté vaguement ridicule à ces rituels annuels et ce 9 mai à la gloire de l’Europe (c'est officiellement la journée de l'Europe) n’échappe pas à la règle, à mi-chemin entre la journée internationale du soleil (le 5 mai) et celle du vivre ensemble (le 16 mai), toutes deux dûment estampillées par l’ONU... 

On plaisante mais c’est l’occasion de faire le bilan des cinq dernières années européennes, juste avant les élections. Le paradoxe est qu’il n’y a jamais eu un fossé aussi béant entre le bilan économique, tout à fait correct globalement, et le bilan politique, tout à fait désastreux. 

Quel bilan économique ? 

- La croissance a été là, autour de 2% par an pour l’Union à 28. 

- Le taux de chômage est passé en moyenne de 10% en 2014 à 6% aujourd’hui mais avec un océan entre les quatre pays où çà reste très haut (Italie, Espagne, France et Grèce) et tous les autres où il a quasiment disparu. 

-Le déficit public, qui était de 3% du PIB, est inférieur à 1%. 

-Rajoutons du positif dévoilé hier par l’organisme statistique européen : les émissions de gaz à effet de serre ont reculé franchement l’an dernier, de 2,5%, après une année 2017 à la hausse et deux années pour rien. Au passage, on apprend que la France représente 10% des émissions européennes de CO2, l’Allemagne 22,5%. 

Les causes de cet écart ? En France, la force du nucléaire et la faiblesse de l’industrie, qui fait qu’est fabriqué ailleurs ce que l’on consomme ici. On peut déplorer l’un et l’autre, mais cet écart est une réalité. 

Tous ces résultats viennent des politiques nationales, direz-vous, plus que celles de l’Europe. Sauf que la Banque centrale européenne et sa politique accommodante ont joué un rôle considérable.  Dans un bilan publié mardi, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, ne se prive pas de mettre en avant des points positifs. 

Bref, l'économie a tenu. 

Mais le bilan politique européen est désastreux

Oui. L’interminable feuilleton du Brexit, la victoire des populistes en Italie, le surplace allemand et le je-t-aime-moi-non-plus-fais-le premier-pas-non-toi-d'abord franco-allemand ont dominé une mandature marquée par la crise des réfugiés en 2015 puis le conflit ouvert avec les Etats-Unis. 

Toutes les clés de cette panne ne sont pas économiques, loin de là, mais l’Europe a été ces dernières années une force plus centrifuge que centripète : les divergences se sont accentuées plus qu’elles n’ont diminué. 

Alors, l'Europe, peut-on y croire ? Oui et j'ai envie de reprendre le bon slogan des Verts allemands que l’on trouve actuellement sur les murs berlinois (en allemand) ! "l'Europe n’est pas parfaite, mais c’est un putain (sacré) de bon point de départ".

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.