L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____ Ce week-end, la BNP a apparemment bouclé son opération de rachat de la banque belge Fortis. Elle pourrait ainsi devenir la première banque de dépôts de la zone euro. Ce feuilleton a connu bien des rebondissements depuis l’automne, depuis que la première banque belge a frôlé la faillite et a été reprise en catastrophe par l’Etat. Dans cette affaire, il y a même eu ce qu’on a appelé un « Fortisgate » qui a conduit le premier ministre belge à démissionner en décembre. Mi-février, les petits actionnaires ont fait échouer le rachat et il y a aussi un groupe chinois, Ping An, suspecté de l’avoir torpillé. Un scénario de film qui fait que bref, il ne faut jurer de rien. Mais, cette fois quand même, l’opération se présente bien. BNP-Paribas, qui compte déjà 16 millions de clients dans le monde et 173.000 salariés, met la main sur Fortis, 3 millions de clients en Belgique et au Luxembourg. Le groupe a négocié dur pour ne pas s’exposer à de mauvaises surprises. Premier point à souligner : L’opération confirme la période d’absolue transgression dans laquelle nous sommes puisque l’Etat belge va devenir le premier actionnaire de BNP-Paribas, avec 11,6% du capital, il aura des représentants au conseil d’administration. C’est un clin d’œil : l’Etat français n’a pas de siège, lui. Pourquoi l’opération était-elle si importante pour BNP ? C’est vrai que Baudouin Prot, le patron opérationnel de l’entreprise, a été très persévérant. Pour la BNP, l’échec n’avait rien de dramatique. Mais c’est une opération nécessaire. Au début de la crise, BNP apparaissait comme la banque française la plus solide, avec des bénéfices élevés, des positions assises. Et puis, on s’est aperçu qu’elle avait elle aussi ses fragilités, elle a été touchée par le scandale Madoff, et le monde a bougé autour d’elle. En France, les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires fusionnent, le Crédit Agricole et la Société Générale se sont rapprochés dans la gestion d’actifs et la Banque Postale est très solide. Au moment où l’on s’aperçoit que les banques ont besoin de liquidités, que ce sont les banques de dépôt qui sont les plus solides, une assise internationale est utile. BNP sera donc présente en France, en Italie, le groupe a racheté la 6ème banque italienne en 2006, en Belgique et au Luxembourg. Le paysage bancaire est-ils désormais stabilisé ? Difficile de s’engager là-dessus. La crise bancaire n’est pas terminée. Samedi, le gouvernement britannique a annoncé la nationalisation de fait du groupe Llooyds Banking Group, la troisième britannique, au moment où la Belgique re-privatise sa première banque. Il y aura bien d’autres rebondissements. Justement, ce qui est d’ailleurs intéressant, c’est de voir, au-delà du secteur bancaire, que la période à venir sera riche en restructurations d’entreprises, en rapprochements, en fusions. Pas immédiatement, la bourse est trop mauvaise. Mais dès qu’il y aura un frémissement dans la conjoncture. On imagine par exemple que certains secteurs, comme l’automobile, il y a beaucoup de constructeurs en Europe, vont bouger. Y-a-t-il un enseignement politique de l’opération BNP en Belgique ? Il y en a deux en fait. Au moment où les gouvernements ont du mal à montrer que l’Europe est autre chose que des réunions et des sommets, les entreprises font l’Europe. Ensuite, on voit bien qu’il existe un défaut dans l’Europe, avec des entreprises transnationales, y compris dans le secteur clé qu’est la finance, mais sans autorité européenne de contrôle dans ce domaine. Rien ne dit que cela changera.

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