La compétitivité de l’économie est la grande absente de la campagne présidentielle.

Puis-je l’avouer ? J’ai hésité à en parler parce que je me suis dit que des auditeurs allaient grommeler « il radote ! » devant leur café au lait. La compétitivité, ce n’est pas très neuf. Mais bon, on ne fait pas toujours ce qu’on veut. L’actualité, c’est le chiffre du commerce extérieur publié hier, qui est désastreux. En janvier, le déficit commercial de la France sur les marchandises a atteint 8 milliards d’euros, c’est un record sur un mois. Certes, il y a des raisons momentanées : il y a eu peu de livraisons d’Airbus et, au contraire, on a importé beaucoup de médicaments. Mais ce janvier noir suit une année 2016 déprimante, au cours de laquelle le déficit s’est élevé à 48 milliards. Le problème est qu’on a ces chiffres malgré un euro faible qui facilite les exportations et malgré un pétrole dont le prix n’est finalement pas très élevé. Donc, ce n’est pas top.

Quelles explications ?

Les produits des entreprises françaises ne sont pas assez compétitifs, ils sont trop chers pour la qualité que nous offrons et nous avons moitié moins d’entreprises qui exportent que l’Italie et l’Allemagne. On constate ensuite que le déficit existe d’abord vis-à-vis des pays de la zone euro, donc qui ont la même monnaie que nous. A partir de là, on peut, comme l’Allemagne et l’Espagne depuis des années, essayer de baisser les coûts, à charge pour les entreprises d’augmenter la qualité. C’est la politique de l’offre, choisie par François Hollande depuis 2014 et que veulent poursuivre François Fillon et Emmanuel Macron. Elle met du temps à avoir de l’effet, comme la politique dite de désinflation compétitive avait mis du temps à être efficace dans les années 80. Ou alors on peut arrêter l’euro, dévaluer le franc, ce que suggère Marine Le Pen. C’est apparemment la solution miracle, cela donne un peu d’air. Sauf que si l’euro s’arrête, les pays du Sud de l’Europe dévalueraient eux aussi et on entrerait dans une guerre de changes permanente et instable. La preuve que l’euro n’est pas la cause primordiale de nos difficultés est que des pays aussi différents que les Pays-Bas ou l’Italie dégagent d’énormes excédents commerciaux et que le Royaume-Uni, qui n’a pas l’euro, est en déficit énorme aussi. On voit donc bien que c’est à nous de résoudre nos difficultés avant de chercher des boucs-émissaires.

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