Le constructeur européen négocie la commande de plusieurs A380 de la part d’un pays qui lui était jusqu’à maintenant interdit : le Japon.

Cette (presque) commande est à première vue nettement moins importante que celle conclue jeudi à Paris avec le Président chinois. Et c’est vrai en ce qui concerne le nombre d’avions : les Chinois en ont acheté 66 nouveaux, tandis que la négociation avec les Japonais ne porte que sur 4, voire six. Mais Airbus a débouché le champagne pour deux raisons. La première est qu’il s’agit du Japon. Depuis toujours, c’est une chasse gardée de Boeing qui occupe 95% du marché alors que les deux frères ennemis Airbus et Boeing sont grosso modo à 50% dans le reste du monde. Pour des raisons politiques et aussi économiques, le groupe européen était interdit de facto. Il s’agit donc, si cela se confirme, d’une vraie percée, qui se fera avec un Ryanair local, Skymark Airlines, avant, peut-être, d’autres plus gros clients.

Le Japon est stratégique parce que c’est un Archipel, que c’est le seul pays au monde qui utilise des gros-porteurs, des B747, sur ses lignes intérieures et que le trafic est saturé.

Et donc seconde raison, c’est important aussi parce qu’il s’agit d’A380. Si un pays a besoin de l’A380, c’est donc bien le Japon. Mais Airbus a besoin du Japon aussi. Son avion de plus de 500 passagers a en effet eu des débuts industriels difficiles et s’en remet doucement. Le programme a été lancé il y a dix ans, mais aujourd’hui, seuls 38 appareils volent, surtout en Asie et au Moyen-Orient. Ce n’est encore rien par rapport aux 6.000 Airbus actuellement en service. La filiale d’EADS a donc besoin d’arracher chaque commande avec les dents parce que, pour l’instant, elle produit à perte.Jusqu’à quand ?Le point de bascule à partir duquel le programme sera rentable est très au dessus des 234 commandes actuelles. Juste avant l’été, Louis Gallois, le patron du groupe voyait le point d’équilibre vers 2014-2015.

La concurrence s’accentue-t-elle pour Airbus en ce moment ?

Oui, c’est le problème, de deux côtés. Depuis le début de l’année, Boeing est en meilleure forme que l’européen. L’Américain a reçu 480 commandes, contre 369 pour Airbus. Naturellement, l’incident survenu à un moteur Rolls Royce en plein ciel la semaine dernière à un A380 de la compagnie australienne Quantas n’est pas bon pour l’image. Entrer sur le marché japonais permettrait à Airbus de fragiliser Boeing. La seconde concurrence est naturellement... chinoise. Avec une Chine qui se lance dans la production d’avions monocouloirs de 170 places, Airbus comme Boeing doivent déplacer leur offre sur des avions de nouvelle génération. Ils n’ont pas vraiment le choix, mais on ne saura pas avant de longues années si le pari sur les très gros porteurs était le bon. Mais à court terme, Airbus a un autre problème, financier celui-là. C’est rageant pour l’entreprise : tous les efforts pour décrocher des contrats peuvent être anéantis par la hausse de l’euro. Comme le constructeur fabrique en zone euro et vend en dollar, chaque fois que la monnaie unique grimpe de dix centimes, il perd un milliard d’euros. On touche du doigt les conséquences pour les entreprises des yo-yo des marchés des changes. Ce n’est, hélas, pas du G20 de Séoul (à partir de demain) que viendra la réponse.

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