L'Edito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". Hier, les banques centrales du monde entier ont baissé, ensemble, leurs taux d’intérêt, comme après les attentats de 2001. Mais ça n’a rien changé ou pas grand-chose. Paris a encore plongé de 6%, New York de 2%. Et du coup ce matin, une question se pose : que faut-il faire, que veulent les marchés pour que la confiance revienne ? Ce qui est fou, c’est que depuis un mois, tout ou presque a été essayé par les autorités monétaires ou politiques. Hier, la baisse des taux, aux Etats-Unis, en Europe continentale, à Londres, à Pékin, la première depuis 2001. Mais avant, il y a eu l’injection de centaines de milliards d’euros de liquidités, les nationalisations, la garantie des dépôts, le plan Paulson, des déclarations politiques en Europe, des plans en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne. Rien n’y fait. A se demander s’il ne faudrait pas fermer la bourse, acheter de l’or ou partir en vacances. Plaisanterie mise à part, la situation est à la fois absurde, parce qu’il y a une part psychologique, et un peu affolante, ceux qui sont aux manettes sont comme un animal dans une cage et qui ne voit pas la sortie. Mais, bien sûr, il y en a une. Et pourquoi ne voient-ils pas la sortie ? C’est difficile à dire parce que cette crise est totalement nouvelle : 1929, c’est loin, c’était aussi parti de la faillite d’une banque, mais le point de départ était le ralentissement économique, cette fois c’est la banque qui vacille. Cela veut dire qu’on a du mal à lire cette crise. Elle est bancaire avant d’être boursière, financière avant d’être réelle. Les marchés boursiers sont visibles, mais la vraie difficulté, c’est la paralysie des marchés monétaires où les banques et les entreprises ne trouvent plus les capitaux pour se refinancer. La sortie est peu visible parce qu’il ne faut pas se tromper de chemin. La priorité, on le répète tous les jours, c’est d’éviter 1 - que le robinet du crédit ne s’assèche ; 2 – que l’on arrive à ce qu’on appelle un bank run, c’est-à-dire des retraits massifs d’argent dans les banques. Heureusement, on l’a peu vu, un peu en Grande-Bretagne il y a un an. Mais la menace ne paraît pas très sérieuse aujourd’hui. Qui peut reprendre le contrôle et montrer la sortie ? C’est plus facile à dire qu’à faire. Mais il y a un moment et un lieu qui vont compter, c’est demain à Washington où tous les ministres des Finances du G7 vont se rencontrer. Le rendez-vous est crucial. On attend trois choses d’eux. Qu’ils convainquent que le plan Paulson va couper les branches pourries dans les banques américaines, c’est en cours, mais cela prendra du temps. Ensuite, qu’ils confirment que les Etats, les gouvernements, partout, soutiendront leurs banques et leur donneront du capital si c’est nécessaire, comme à Londres ou en Allemagne, si elles sont infectées par des crédits irrécupérables qu’elles ont rachetés à d’autres. Enfin, qu’ils conviennent d’aider les ménages surendettés dans l’immobilier en Irlande, à Londres ou à Madrid pour ne pas ajouter la crise à la crise. Il sera temps ensuite de corriger le fonctionnement économique. D’ici là, il y a aura encore des yoy-yo sur les marchés. Pour finir, une bonne nouvelle. Le chef économiste du FMI a estimé hier que le risque d’une Dépression comme dans les années 30 était quasi-nul, on peut le dire même si cela semble évident. Il prévoit aussi une croissance quasi-nulle dans les pays développés en 2009. Mais la bonne nouvelle est que la croissance mondiale sera de 3% globalement grâce aux pays émergents, Chine, Inde etc.

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