Arnaud Montebourg : jusqu’où ira-t-il ?

En réalité, on peut même être plus clair : Arnaud Montebourg, jusqu’à quand ? Chaque jour, le ministre du Redressement productif va plus loin dans les propos musclés et les initiatives inédites. En juillet, il avait eu des mots jamais entendus en France pour qualifier les dirigeants de PSA Peugeot Citroën de « dissimulateurs » et leur groupe de « malade imaginaire ». Samedi, il a annoncé que le gouvernement s’assoira à la table des négociations sociales internes. Et qu’il se prononcera sur l’alliance entre PSA et General Motors. Enfin, dimanche, il s’en est pris aux secteurs bancaire et immobilier (je le cite) « abrités, qui gagnent beaucoup d’argent sans finalement trop se fatiguer ». Sans oublier les charges contre tous les autres.

Et où est le problème ?

Il y en a deux. Arnaud Montebourg est éloquent, doué et très bosseur. Mais un, il est paradoxal d’avoir le même comportement de matamore tant critiqué chez Nicolas Sarkozy : tout promettre, avant de revenir au principe de réalité. Deux, sur le fond, on pourrait inviter l’Etat a plus de modestie vis-à-vis des entreprises, lui qui est en déficit – en pertes – depuis 30 ans ; mais il a, surtout, une vision qui fleure bon le feu Programme commun. Notre rôle, dit Montebourg, c’est de travailler les stratégies industrielles avec les entreprises. Qui peut croire en 2012 qu’un ministre a un avis autorisé sur la production de voitures, de tubes d’acier, d’électroniques ou de médicaments ? Personne ! Cet interventionnisme est trompeur. Et pas en phase avec un François Hollande qui se voit, lui, en social-démocrate.

Sur PSA, qu’est-ce que cela donne ?

C’était violent en juillet on l’a dit ; fin août, le ton est tout autre : le ministre demande aux salariés de comprendre les difficultés de leur entreprise ; nouvelle volte-face et durcissement quand le rapport Sartorius reconnaît la nécessité d’un plan social – au mécontentement du ministre. Aujourd’hui, immixtion du gouvernement dans la négociation direction-syndicats : cela ne s’est jamais fait et ce n’est pas prévu par la loi. De surcroît, imaginez la tête de General Motors qui va discuter avec l’Etat français de son alliance avec PSA, entreprise privée !

Arnaud Montebourg avance, lui, des réussites …

Mais dans le cas de Sanofi, le plan social n’est pas passé, comme cela a été dit, de 2.300 à 900 personnes. Le projet initial était de 1.500 et c’est l’Elysée qui a négocié. A Florange, Arnaud Montebourg n’a pas obtenu que Mittal redémarre les hauts fourneaux ; il a obtenu qu’il cède aussi la cokerie à un éventuel repreneur ; repreneur peu vraisemblable.

Conclusion ?

Arnaud Montebourg est utile politiquement à François Hollande - son discours est en phase avec la campagne et le président est modéré par contraste. La difficulté est que son ministre a une mauvaise image chez les entreprises, ce qui est curieux pour un ministre de l’industrie ; sa parole porte moins alors que s’ouvre le chantier de la compétitivité ; bref, que le ministre du Redressement productif interprète surtout ce mot au sens de maison de redressement, c’est un problème.

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