Toutes les polémiques sur la fiscalité ces dernières semaines ont fait oublier une chose : les impôts rentrent mal.

Dit comme cela, cela surprend et des auditeurs ont dû arrêter de tourner le sucre dans leur tasse à café. Les impôts rentrent mal : comment est-ce possible alors que l’on n’entend parler que de hausses ? Que l’impôt sur le revenu grimpe. Que les taxes foncières ont flambé de 21% en cinq ans. Enfin qu’hier soir à Lyon, un gros millier de chefs d’entreprise se sont réunis sur le thème du ras le bol fiscal – une première. Oui, pourquoi le dire ?

Et pourtant, vous le dites quand même !

Il y a des faits. Un journaliste des Echos , Frédéric Schaeffer, a effectué une plongée dans les documents budgétaires officiels. On y découvre que oui, il y a une perte en ligne d’environ 15 milliards d’euros sur les recettes publiques. Très concrètement, entre les prévisions établies il y a un an et ce qui est entre dans les caisses de l’Etat cette année, de l’argent s’est évaporé. Un chiffre à rapprocher des 30 milliards de hausses d’impôt décidés et gravés dans le marbre. D’où la question : où sont passés les milliards ?

La réponse, ce n’est pas tout bêtement la croissance qui a déçu ?

Vous avez raison Patrick, c’est le point principal. C’est ce que dit Bercy : moins de croissance que prévu, moins de recettes fiscales et de cotisations sociales. Et avec deux ans de croissance quasi-nulle, çà joue sur la TVA, les cotisations sociales et l’impôt sur les sociétés. Mais voilà, cela ne suffit pas comme explication.

Et donc ?

Le ministère des Finances reconnaît que les rentrées fiscales progressent moins vite que l’activité économique. C’est ce qu’on appelle une élasticité. Quand l’activité économique augmente de un, le rendement en impôt n’est que de 0,4. Il y a un problème ! A partir de là, certains disent : ah, on vous l’avait dit, trop d’impôt tue l’impôt, c’est la courbe de Laffer, du nom de l’économiste pour qui au-delà d’un certain seuil, la pression fiscale devient contre-productive. La droite saute sur l’occasion et à 46% de prélèvements dans le PIB, elle pense jouer sur du velours. Ce qui est vrai est que quand 2% des ménages paient 40% de l’impôt sur le revenu, jouer avec le feu est risqué. Cela étant, honnêtement, les experts refusent d’établir pour l’instant un lien certain. Bref, on a un indice, pas de preuve.

Quoi qu’il en soit, cette question est cruciale ?

Oui, parce que si on s’aperçoit que les gens épargnent par peur, ou que les exils fiscaux sont importants, c’est sérieux. Et puis si en 2014 il y a encore des fuites dans l’impôt, le déficit public sera plus élevé que prévu.

Pour finir, vous avez quand même trouvé un impôt dont le rendement est maximal et croissant !

Mais c’est pour la bonne cause ! Ce sont les radars de contrôle de vitesse. Ils rapporteront l’an prochain 800 millions d’euros, 70 millions de plus que cette année. Et ce n’est pas à cause d’André Manoukian qui monterait trop vite de ses montagnes jusqu’ici ; la hausse s’explique par les contraventions que doivent désormais payer les voitures immatriculées à l’étranger.

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