Vous revenez sur l’épisode de la vraie-fausse réforme de l’assurance-chômage qui a agité le tout Paris politique et social pendant soixante-douze heures.

Ce qui s’est passé illustre certaines dérives de la communication politique et peut-être aussi du fonctionnement des médias. Cette affaire, partie d’une déclaration assez vague de Manuel Valls, s’est transformée en tsunami donnant à croire que le gouvernement préparait une réforme de l’indemnisation des chômeurs. Jusqu’à une mise au point hier du Premier ministre et de François Hollande hier. Pourquoi en parler ? Parce que cela met en évidence les risques de l’information, y compris économique, quand elle se met à ressembler à l’information boursière qui se délecte de rumeurs et de ballons d’essai.

D’abord, que s’est-il passé exactement ?

Lundi à Londres, Manuel Valls déjeune avec des journalistes britanniques. La rumeur circule, sans qu’aucune citation précise ne puisse être relevée, qu’il leur aurait dit ceci : il faudrait revoir les règles d’indemnisation du chômage en France. L’information filtre alors à des confrères français. Lesquels rencontrent Manuel Valls pour le café, qui ne leur en parle pas et assure simplement que le système doit mieux inciter au retour à l’emploi – ce qui ne mange pas de pain. Et pourtant, le sujet part, fait le tour des rédactions, la Une des sites Internet, des plateaux télé sont montés sur les chaînes d’info en continu, les syndicats, la majorité réagissent. L’idée s’installe : en secret, le retour à la dégressivité et le plafonnement des indemnités sont programmés. Jusqu’à ce que, hier, Valls dise que, oui, le débat est légitime, mais que non, rien n’est prévu et de toute façon ce sont le patronat et les syndicats qui verront cela fin 2015-début 2016.

Manuel Valls a-t-il lancé un ballon d’essai, c’est ce qu’il veut vraiment, ou c’est un emballement médiatique ?

Un peu des trois ! Mais je crois -cette fois- d’abord à un emballement médiatique. La course à l’audience, aux clics sur Internet, fait circuler toute information, demi-info ou absence d’info, à la vitesse de la poudre. Et dans la précipitation, on ne fait plus la distinction entre Manuel Valls va réformer__ l’assurance-chômage (ça c’est indubitable, l’Elysée le pense aussi), et Manuel Valls pense qu’il faudrait la revoir. Alors, ce dernier est-il innocent comme un enfant dans cette affaire ? Pas tout à fait. Il adore jouer avec le feu. Hier, comme à Londres, il voulait montrer aux Français et aux Européens qu’il n’a pas de tabou.

Le bilan de tout cela – à travers cet épisode ?

Comment voulez-vous que les Français s’y reconnaissent et respectent la politique ? Impossible. Il faudrait que les médias aient davantage de sang-froid avant de sauter sur tout ce qui bouge ; que les politiques pratiquent un peu de média interruptus , résistent à l’appel des micros, et ne parlent que quand ils ont quelque chose à dire. Quant à moi, mon angoisse à la fin de cette chronique, c’est de ne pas apparaître comme un "vieux con" moralisateur.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.