A Paris, Thierry Bolloré (numéro deux du groupe) est menacé. A Tokyo, un Yalta a été conclu sur les principaux postes.

Thierry Bolloré (à gauche) et Jean-Dominique Sénard
Thierry Bolloré (à gauche) et Jean-Dominique Sénard © AFP / Eric Piermont

La véritable fin de l’ère Carlos Ghosn chez Renault-Nissan

C'est le cas à Paris et à Tokyo. Le tout Paris des affaires s’interrogeait depuis des mois sur l’avenir du tandem formé par Jean-Dominique Senard, président non exécutif du groupe franco-japonais (chaiman), et Thierry Bolloré, le patron opérationnel, nommé par Carlos Ghosn. Le climat entre les deux n’est pas au beau fixe et l'Etat actionnaire avait demandé dès le printemps à Senard de "faire le ménage". 

C'est ce qui est désormais acquis et un processus pourrait se déclencher lors d'un conseil d'administration de Renault le 18 octobre. Bercy refuse absolument de parler pour ne pas être accusé d'ingérence, mais l'Etat -c'est confirmé à haut niveau- veut tourner la page, et maintenant. Thierry Bolloré, qui a atterri à Paris en provenance de Tokyo ce matin juste avant 4 heures (pas dans le même avion que Senard !), espérait encore la semaine dernière que les erreurs de celui-ci dans sa communication avec l’Etat actionnaire au moment de la fusion avortée avec Fiat joueraient en sa faveur. Il se montrait bravache et très impliqué sur le fond des dossiers. Sans succès semble-t-il. 

Le paradoxe est que les deux hommes, Senard et Bolloré, sont d’accord à 100% sur un point : la fusion avec Fiat était une idée géniale et l’idée ne doit surtout pas être enterrée définitivement.  

Une page est aussi tournée à Tokyo

C’est comme cela qu’il faut lire les décisions prises hier pour désigner un successeur à Hiroto Saikawa, le dirigeant de Nissan choisi par Carlos Ghosn. 

Un deal a été conclu : c’est Makoto Uchida, l'actuel patron de Nissan en Chine, qui prend les commandes du groupe japonais. C'est un Japonais. Il sera secondé par un Indien, Ashwani Gupta, ce que souhaitait le camp Renault. C’est un Yalta. 

Si cela met fin à une année de guerres intestines, ce n’est pas un chemin de roses qui s’annonce. Pour deux raisons. 

  1. Nissan veut que Renault soit moins présent à son capital. De son côté, Renault veut avoir son mot à dire. Le traité secret écrit par Carlos Ghosn va sans doute être revisité.

  2. Nissan va mal et va diminuer sa production de 10% pour donner la priorité au retour de ses marges. 

Du coup, le groupe aux huit marques Renault-Nissan-Mitsubishi-Dacia-Lada-Alpine-Samsung Motors-Infiniti renonce officiellement à être n°1 mondial devant Volkswagen et devant Toyota. Là aussi, fin de l’ère Ghosn.

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