L’édito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". Rendez-vous crucial aujourd’hui pour le groupe automobile Renault, qui dévoile à Genève sa nouvelle Mégane. Une nouvelle Mégane qui sera présentée au grand public début octobre au Mondial de Paris. Le rendez-vous est suffisamment important pour que je vous parle ce matin d’un produit et d’une marque. Ce ne sera pas fréquent, mais Renault est une entreprise avec laquelle les Français ont depuis longtemps un lien particulier, historique, et tout le monde se sent intéressé par son avenir. Alors, c’est vrai, Carlos Ghosn, son patron emblématique, n’a pas le droit à l’échec avec la présentation de cette troisième génération de la Mégane, et il le sait. Pourquoi ? Parce que, dans un secteur industriel qui vit actuellement un vrai trou d’air à cause du prix de l’essence, du pouvoir d’achat et du souci écologique, il y a un peu plus de questions sur Renault que sur d’autres. Quand Carlos Ghosn a succédé à Louis Schweitzer, tout auréolé de sa réussite chez Nissan, il a affiché des objectifs extrêmement ambitieux pour l’entreprise. Mais il faut dire que depuis, les difficultés s’accumulent. Il y a la conjoncture, j’en parlais à l’instant. Mais il n’y a pas que cela : la part de marché de Renault en Europe a continué de reculer, de deux points en cinq ans, à cause du vieillissement de la gamme. Et les véhicules lancés récemment, la petite Twingo ou la berline Laguna, n’ont pour l’instant pas tenu leurs promesses. L’entreprise a déjà abandonné ses objectifs extrêmement ambitieux du début. D’où la nécessité absolue de réussir à consolider les Mégane, le cœur de gamme, qui représente actuellement le tiers des ventes du constructeur français avec 650.000 ventes l’an dernier. Sinon, Renault court deux risques. Le premier est ce qui pourrait être appelé une "Loganisation" de la marque. Si Renault, faible dans le très haut de gamme, peinait dans le milieu de gamme, le public retiendra que son vrai succès, c’est la voiture à bas coût, la Logan. Et effectivement, c’est un vrai succès, avec sans doute 550.000 véhicules vendus dans le monde cette année, 200.000 de plus que l’an dernier. Au passage, la Logan est aussi un succès financier, avec une marge de l’ordre de 8% puisque les coûts de fabrication sont bas. Mais problème, justement, ce succès illustre ce qui marche le mieux en ce moment chez Renault : les ventes hors de France, au Brésil, au Maghreb, en Russie, et la production hors de France, en Roumanie, en Slovénie ou en Turquie. Et voilà, second risque, comment on tombe sur la question très politique des délocalisations. Des délocalisations dénoncées la semaine dernière par un ministre du gouvernement : Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi. Si Renault continue d’avoir des difficultés en Europe et à réussir ailleurs, le plan de 4.000 suppressions d’emplois qui sera aussi examiné aujourd’hui par un comité central d’entreprise risque de ne pas être le dernier. Pour l’instant, aucun constructeur n’a osé fermer une usine française, c’est un vrai tabou. Mais en 2007, le nombre de salariés de Renault hors de France, a dépassé celui des salariés en France. Alors, l’entreprise récuse l’idée de délocalisation. C’est pour se rapprocher de ses clients. C’est vrai. Mais on sent que le tabou n’est pas loin de sauter. Et ça inquiète le gouvernement qui, bien sûr, n’y peut rien. Cela peut sembler loin, mais c’est tout cela qui est derrière le lancement de la Mégane.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.