**La Banque de France a envoyé hier un signal optimiste sur la conjoncture en prévoyant une croissance de 0,3% au troisième trimestre… Peut-on y croire, Dominique ?Oui, je pense, à condition de bien comprendre ce que ce chiffre signifie : il signifie que la récession est finie mais que la croissance n’est pas de retour. Dit comme cela, c’est un peu byzantin, en fait c’est assez simple. Après la chute terrible que l’économie française a connue fin 2008 et début 2009, les cordes de rappel ont joué et la machine se stabilise. Les entreprises, qui avaient tout simplement mis le pied sur le frein de la production et puisé dans leurs stocks pour servir leurs clients, sont obligées de produire à nouveau. Mais sans plus. C’est cela que les patrons interrogés par la Banque de France veulent dire quand ils indiquent que le climat des affaires s’améliore. La chute est terminée, on est sur un plat avec des petits rebonds, on peut dire qu’on avance sur de la tôle ondulée. C’est quand même une bonne nouvelle, non ?Bien sûr, il vaut mieux anticiper un + 0,3% qu’une baisse de l’activité. Comme le deuxième trimestre a déjà été positif, cela veut dire aussi que l’année 2009 sera au total moins dramatique que prévu. La récession ne sera peut-être « que » de 2,5% au lieu des 3% attendus. Côté positif enfin, l’Allemagne, notre premier partenaire, va un peu mieux. Cela étant, la vérité oblige à dire aussi qu’il y a encore d’autres bémols. La Grande-Bretagne et l’Espagne ne vont pas bien et, surtout, le scénario que les économistes appellent en “ W ”, une rechute après un rebond, est possible. Les entreprises produisent mais si les clients ne sont pas là, cela n’ira pas loin une fois que les effets des plans de relance seront épuisés. Et puis, il y a l’euro et le pétrole…Ce sont des nuages tout neufs. Le prix du baril de pétrole tourne autour de 71 dollars, ce qui est peut-être bon pour l’environnement, pas pour la croissance. L’histoire économique retiendra d’ailleurs que le pétrole a moins chuté qu’on ne pouvait s’y attendre pendant cette récession, ce qui veut dire qu’il a de bonnes chances de flamber dès qu’elle sera totalement finie. La montée de l’euro n’est pas non plus une excellente nouvelle, il a touché les 1,45 dollars hier. L’explication ? Jusqu’à maintenant, les marchés pensaient que les Etats-Unis redémarreraient plus vite que l’Europe parce qu’ils étaient entrés plus tôt en crise, et ils achetaient du dollar. En fait, ils s’aperçoivent que tout le monde est dans le même bateau, ils vendent du dollar. Mais on se serait bien passé du cocktail euro fort + pétrole cher. Quelle conséquence pour l’emploi ?La fin de la récession, mais une activité qui tourne autour de zéro : ce n’est pas suffisant, loin de là, pour stopper la hausse du chômage et encore moins pour qu’il recule. Problème, on ne sait pas du tout ce que nous réservent les prochaines années. Il faudra une vraie reprise pour quitter la tôle ondulée.**

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