C'est cette semaine que le gouvernement va finaliser le budget pour 2014.

Oui, et la question que l'on envie de se poser, au-delà du feuilleton quotidien sur telle ou telle mesure fiscale, (la question que l'on a envie de se poser très sérieusement est : à quoi sert ce budget ? Non pas le budget en général : il finance les dépenses de l'Etat, de l'éducation à la justice, de la sécurité à la solidarité. Mais bien à quoi sert CE budget là ? À quoi servent les choix que fait actuellement le gouvernement ? La nouvelle hausse des impôts pèsera lourdement sur les ménages, sans doute de l'ordre de 10 milliards d'euros - entre le relèvement de la TVA, le tour de vis sur le quotient familial, la suppression de réductions d'impôt, etc. Pour assumer des mesures aussi impopulaires, il faut forcément avoir des raisons fortes. En réalité, le gouvernement en a deux. Avec le crédit d'impôt compétitivité et une diminution de l'impôt sur les sociétés, c’est un coup de pouce aux entreprises, et on ne peut qu'applaudir François Hollande et Jean-Marc Ayrault de faire ce que Nicolas Sarkozy et François Fillon n'ont pas fait. La deuxième raison, c'est la réduction du déficit public, et là encore, bravo. Mais, mais, le paradoxe est qu'il y a une double contradiction. D'abord, la politique fiscale, en poursuivant deux objectifs, est devenue illisible : quand une hausse ne passe pas, est décidée une baisse financée par une autre hausse qu’il faut ensuite corriger ! Nicolas Sarkozy n'avait pas de politique fiscale, François Hollande en a trop, c’est presque compulsif. Le deuxième paradoxe est plus important. Malgré cette avalanche d'impôts, le déficit public recule peu. On ne connaît pas encore le chiffre prévu pour 2014. Mais s’il tourne autour de 3,5% du PIB, on se dira forcément : « tout ça pour ça ».

Et le gouvernement se retrouve sous un tir croisé.

L’ironie de la situation est que François Hollande se retrouve sous le feu à la fois des keynésiens et des libéraux. Les keynésiens disent qu’ils avaient raison, que l'austérité, la rigueur, tuent la croissance, un « trop d'impôt tue l'impôt » de gauche. Ils voudraient envoyer par-dessus bord les contraintes de déficit. Les libéraux disent la même chose, mais de l’autre bord : les hausses d’impôt cassent l’envie de produire, de créer. Economiser dans les dépenses publiques serait plus efficace. Dans les deux cas, on entend le « tout ça pour ça » - tous ces impôts pour quel résultat ? A l’heure où nous parlons, le gouvernement n’a pas forcément perdu son pari, mais c’est plus difficile. Il avait parié que la croissance serait suffisamment repartie en 2013 pour qu’en 2014 les hausses d’impôt soient oubliées, et que les mille fleurs de la reprise s’épanouissent. Eh bien, tout le monde parle des impôts et le mot même de pause fiscale n’est pas rassurant : sur un lecteur DVD, quand on appuie sur pause une seconde fois, ça redémarre. Quant aux fleurs de la reprise, elles se voient encore au microscope, et les déficits et la dette restent élevés. François Hollande doit donc encore répondre à la question des Français : tout ça pour quoi ?

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