Vous commentez le rachat, autorisé hier par la Commission européenne, de la branche énergie d’Alstom par l’américain General Electric.

Avec cette reprise, la France a en réalité perdu son triple A industriel. A comme Arcelor, passé dans les mains de l’anglo-indien Mittal il y a dix ans ; A comme Alcatel, repris en ce moment par le norvégien Nokia ; A –donc- comme Alstom. Précision quand même : la branche Transports d’Alstom (les trains que l’on connaît bien) n’est pas concernée. Tout cela, c’est vraiment le signe du déclin industriel français. On peut compléter la liste avec d’autres lettres de l’alphabet : on y mettrait Péchiney, le rachat récent du chimiste Rhodia par le belge Solvay et la fusion inégale du cimentier Lafarge avec un groupe suisse. Voilà la nationalité d’entreprises qui ont fait l’histoire de la France qui change. Si on veut regarder le verre à moitié vide, signalons les entreprises françaises dont les dirigeants ne sont plus vraiment en France : le patron de Schneider Electric vit à Hong Kong et celui de Kering (l’ex Pinault Printemps Redoute) à Londres. Et surtout, on sait que derrière ces grands groupes qui partent, il y a des centaines de PME industrielles en difficulté.

La situation est-elle si grave ?

Les causes des difficultés de nos champions sont variées et il n’est pas question de tout mettre sur le dos de la fiscalité ou du code du travail français. Ce serait idiot. Il y a bien sûr aussi la concurrence mondiale et, parfois, des mauvais choix stratégiques qui ont été faits. Si on veut absolument minimiser le phénomène, on peut aussi se dire que les Anglais n’ont quasiment plus de grands groupes industriels britanniques mais qu’ils accueillent beaucoup d’industries sur leur sol. Mais tout cela veut dire qu’il faudra du temps et de la constance pour que l’industrie remonte la pente. Cela étant, il y a une autre réalité qui mérite tout autant d’attention. C’est notre difficulté à faire naître des champions nationaux qui grandissent et deviennent des géants. Savez-vous que l’entreprise la plus jeune du CAC40 a plus de trente ans ? Je finis par une anecdote : au printemps, Gemalto, qui fabrique des cartes à puces, est sortie du CAC40, plus assez grosse. Dehors, la nouvelle économie ; le même jour, Apple rentrait dans le Dow Jones, l’indice phare de la bourse de New York.

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