La Bourse de Paris a terminé la semaine dernière en fanfare. D’où vient ce rebond boursier ? Oui, les chiffres sont impressionnants. L’indice CAC40 des grandes entreprises françaises a dépassé les 3.500 points, ce qui lui fait une hausse de presque 40% depuis le mois de mars – après, il est vrai, une glissade de 45% au cours des six mois précédents. Mes confrères des " Echos " expliquent l’embellie par cinq grandes raisons. D’abord, les jeunes pousses prennent de la vigueur. Autrement dit, l’économie des grands pays reprend des couleurs. Aux Etats-Unis, le chômage a baissé en juillet. En France, la consommation a rebondi en juin. Et les effets des plans de relance commencent à se faire sentir. Ensuite, c’est moins pire que prévu du côté des grandes sociétés françaises et étrangères. Beaucoup d’entre elles ont publié ces dernières semaines leurs résultats du deuxième trimestre. Leurs chiffres d’affaires chutent et il y a souvent des pertes, mais elles sont moins graves que ne le redoutaient les experts. Ca fait deux raisons… Et les trois autres ? D’abord, la faiblesse des taux d’intérêt. Le livret A ne rapporte plus que 1,25%. Les sicav monétaires guère plus. Beaucoup d’investisseurs se disent que ça vaut peut-être le coup de commencer à racheter des actions. Ensuite, les banques et les constructeurs automobiles n’ont pas tous fait faillite, contrairement à ce que l’on pouvait craindre il y a six mois. Les investisseurs commencent donc à les racheter. Or ces deux secteurs pèsent lourd en Bourse. Enfin, il y a ce que l’on appelle l’analyse chartiste. Les courbes des indices boursiers ont cassé à la hausse des barres que dessinent les spécialistes, et ça incite les professionnels à acheter davantage d’actions. Je vous sens un peu sceptique, Jean-Marc… Je me trompe ? Non, vous êtes fantastiquement perspicace, Eric. Vous savez, comme les investisseurs détestent rater un redémarrage des cours de Bourse , ils sont prêts à acheter au moindre mouvement d’embellie. Il s’est passé exactement la même chose en 1932, pendant la Grande dépression : l’indice vedette de Wall Street avait été multiplié par deux en deux mois avant de rechuter lourdement, à tel point qu’il a fini l’année plus bas qu’il ne l’avait commencé. C’est vrai qu’il y a des signes encourageants dans l’économie, mais l’embellie vient de deux causes. D’abord, après le gel de l’activité économique entre septembre 2008 et mars dernier, les gens se rattrapent. Ils font des achats qu’ils avaient repoussés pendant l’hiver. Les entreprises, elles, refont leurs stocks après avoir vidé leurs entrepôts. Deuxième raison du redémarrage : l’effet des plans de relance, avec des déficits publics colossaux. Or aucune de ces deux raisons ne peut être durable. La Bourse est-elle donc condamnée à redescendre ? Je suis bien trop prudent pour mettre ma main à couper sur une rechute boursière. Nous sommes dans une période de fantastique volatilité. Rien n’est assuré. Mais le scénario qui me paraît le plus vraisemblable est un scénario en W. Ca descend, ça remonte pour des raisons qui ne peuvent pas durer, donc ça redescend ensuite avant de remonter sur des fondations plus solides. Si vous m’avez bien suivi, nous serions quelque part dans la fin du premier V. Vient ensuite l’autre V, qui commence par une baisse. Autrement dit, nous ne sommes pas sortis d’affaire. C’est vrai pour la Bourse comme pour l’économie.

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