Les radars routiers battent leurs records d'amendes, c’est à la Une des Echos aujourd’hui. Pourquoi cette pluie d’argent ?

Les pouvoirs publics devraient en effet récolter 675 à 700 millions d’euros avec les radars, la hausse par rapport à 2011 pourrait donc approcher les 10%. Dans une France où le pouvoir d’achat et la production stagnent, ça fait beaucoup. Quatre facteurs expliquent cette hausse. D’abord les conducteurs ont conduit en moyenne un peu plus vite. Certains se sont peut- être raconté des histoires au printemps dernier en espérant une amnistie présidentielle qui n’a pas eu lieu. Ensuite, le gouvernement Fillon avait allégé les sanctions sur les points de permis perdus en cas d'excès de vitesse, et ça a eu un effet immédiat sur les comportements. Troisième explication : les étrangers échappent moins souvent à la sanction. Depuis le 1er juillet, les Belges reçoivent eux aussi la note de leurs exploits, comme c’était déjà le cas des Italiens. Enfin, les radars sont de plus en plus n ombreux. Il y en a désormais près de 4.000. Avec une nouvelle espèce particulièrement efficace : celle qui surveille le respect des feux rouges. Est-ce que ça va réduire le déficit budgétaire ?

Non, ça ne marche pas comme ça. Ceux qui racontent que les radars ont été mis en place pour faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat ont tort. L’argent est « fléché », comme on dit en jargon budgétaire. Un tiers des rentrées va à l’entretien des radars existants et à l’achat de nouveaux – ce qui en fait au passage une activité très rentable. Un autre tiers finance la construction de nouvelles infrastructures de transport. Et le dernier tiers va aux collectivités locales pour qu’elles améliorent leurs transports en commun, et ce n’est pas du luxe. Alors l’Etat a du coup moins d’argent à sortir. Mais ça ne va pas chercher très loin. Y-a-t-il alors une justification économique de la multiplication des radars ?

La première justification est évidemment morale. Si on met des radars, c’est parce qu’il y a des décrets limitant la vitesse, pris par un gouvernement démocratiquement arrivé au pouvoir, et que ces décrets ne sont pas respectés. Ce non-respect est lourd de conséquences – la vitesse est un facteur de risque majeur sur la route, elle joue un rôle essentiel dans le tiers des accidents mortels. Ces conséquences peuvent se compter en vies humaines perdues. Et puis un accident a d’autres effets moins graves mais non négligeables : les réparations, les secours, les soins de santé, et puis aussi le temps perdu qui peut vite atteindre des milliers d’heures. Les économistes disent qu’un accident a beaucoup d « ’externalités négatives ». Quand ils tentent de chiffrer la facture totale des accidents, ils arrivent vite à des dizaines de milliards d’euros gaspillés. Donc oui, il y a une justification économique des radars. Mais les opposants aux radars parlent d’une atteinte à leur liberté…

Laissons de côté les radars mal réglés, ou mal placés : ce n’est pas le fond du problème. Mais le débat que vous soulevez est passionnant. Dans la société, il y a des libéraux. Ceux-là disent que c’est l’individu qui décide ce qui est le mieux pour lui. On doit donc réduire l’Etat au strict minimum et tout déréglementer, y compris la vitesse des voitures. En face, il y a les partisans d’un système plus collectif où les pouvoirs publics sont les mieux placés pour décider toute une série de choses concernant chacun d’entre nous. Mais il y a une troisième voie que certains appellent le « paternalisme» : la communauté peut imposer une contrainte aux individus si et seulement si c’est clairement pour leur bien. Le contrôle de la vitesse des voitures et donc les radars s’inscrivent parfaitement dans cette conception de la politique.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.