La loi Travail a été promulguée hier au "Journal Officiel". Quand allons-nous voir ses effets favorables sur l’emploi ?

Il y en a au moins pour une décennie. Nous devrions donc commencer à mesurer les effets de la loi El Khomri dans la deuxième moitié des années 2020. Rendez-vous dans la bataille pour l’élection de celui qui succédera au successeur de François Hollande.

Mais c’est extrêmement long comme délai !

Oui, et pour au moins deux raisons. D’abord, c’est l’exemple même d’une réforme structurelle. Elle change le cadre législatif de l’emploi. Il faut donc d’abord que les recruteurs se rendent compte qu’elle existe. Ensuite qu’ils l’essaient. Et puis ensuite qu’ils vérifient que la justice ne les condamne pas. Tout ça prend beaucoup de temps. La deuxième raison, c’est que c’est une toute petite réforme.

Une toute petite réforme ? Mais il a tout de même fallu des semaines de débats à l’Assemblée et le recours répété à l’article 49.3 de la Constitution pour la faire passer…

Ca n’en fait pas une grande loi pour autant. Je vais vous la jouer en trois actes. Premier acte : le gouvernement veut faire rapidement une loi sur le travail ; il rassemble donc des projets disparates sans vision d’ensemble. Deuxième acte : levée de bouclier. Le gouvernement retire les mesures les plus fortes comme le plafonnement des indemnités aux prud’hommes ou la possibilité pour un groupe de réduire ses effectifs non plus en fonction de sa santé mondiale mais de sa santé française. Troisième acte : une loi croupion est adoptée. J’en donnerai un seul exemple : on a polémiqué des jours entiers sur l’article 2 de la loi, pompeusement qualifié d’« inversion de la hiérarchie des normes ». Or le principal effet de cet article porte sur le taux de majoration des heures supplémentaires. Ce n’est pas ça qui va bouleverser le monde du travail et inciter les entreprises à recruter des millions de salariés.

Une loi pour rien alors ?

Je n’irai pas jusque là. Il y a tout de même des avancées comme l’assouplissement du licenciement économique dans les PME ou la possibilité donnée aux entreprises d’ajuster l’organisation du travail pour préserver l’emploi via un accord majoritaire. Mais cette loi est bordée de partout. Ce n’est qu’un tout petit pas vers un marché du travail plus adapté à la réalité du XXIe siècle. Le tout petit pas constitue d’ailleurs la marque de fabrique du quinquennat Hollande. Pour tout vous dire, le président donne l’impression d’avoir peur de se faire attraper en courant trop vite au jeu « Un, deux, trois, soleil ».

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.