Une question simple ce matin : le permis de conduire… est-ce un sujet à la hauteur d’une présidentielle ?

Ce n’est pas un sujet d’élection présidentielle parce qu’on choisit un chef de l’Etat pour autre chose que le prix de l’auto-école ou la complexité des épreuves d’un examen portant sur les dos d’âne et les sens giratoires en milieu urbain, périurbain ou rural. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’agenda international de l’après-6 mai : un déplacement éclair à Berlin pour rencontrer Merkel ; un G8 à Camp David, aux Etats-Unis, le 18 mai, autour de Barack Obama ; un sommet de l’OTAN le 20 mai à Chicago sur le retrait d’Afghanistan ; un sommet économique du G20 au Mexique le 18 juin ; celui de Rio sur l’environnement deux jours plus tard ; un sommet européen fin juin à Copenhague. Ouf ! Et encore, à condition que l’euro ne vacille pas à nouveau. Bref, on demande au président d’être plus calé sur cela que sur (si je puis dire) le permis de conduire.

Cette passion soudaine pour le permis de conduire reflète une campagne « hors sol » ?

Elle reflète surtout une campagne étrange qui est passée par la case viande halal dans les cantines scolaires, la case renégociation du Traité européen, les cases impôts et déficits, la case immigration, un peu la case éducation. Mais sans se fixer durablement nulle part sinon un référendum anti-Sarkozy. Même s’il est largement injuste et facile de dire qu’elle est « nulle », elle passe à côté de questions essentielles : quel avenir pour l’Europe dans 15 ans, quelle place dans cette redistribution en cours historique des cartes économiques et politiques. Comme si personne ne se rendait compte que les grands débats très idéologiques sur l’économie de marché qui nous agite ne concernent que nous.

Vous disiez néanmoins que l’irruption de ce type de sujet – le permis de conduire - est compréhensible ?

Oui, pour des raisons politiques et médiatiques. Politiques : les candidats les plus centraux du paysage savent bien qu’il n’y aura pas de miracle parce qu’ils resteront ou entreront à l’Elysée. La majorité de l’opinion le sait. Pour intéresser les déçus de la politique, il faut montrer que ce n’est pas du vent, qu’elle peut changer la vie réelle : la date du versement des retraites, le permis de conduire, une allocation pour les jeunes etc. Seconde raison : les médias (nous), nous parlons + des tactiques, de leurs succès ou pas, que des propositions concrètes des candidats. Pour nous enjamber, ils font des propositions fortes pour que l’opinion les entende sans besoin de sous-titre : la taxation des hyper-revenus à 75% est l’exemple parfait, comme le un sur deux, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Le permis appartient à cette catégorie efficace ?

Non ! Parce qu’il faut quand même que ce type de proposition ait un sens politique et pas seulement de tête de gondole. On n’achète pas les électeurs…

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