Le gouvernement va-t-il changer de politique économique après l’affaire Cahuzac ?

C’est une question qui se pose parce qu’il y a une pression publique de quelques ministres. Cécile Dufflot dénonce (je cite) la « spirale de la récession » et répète haut et fort que la baisse des dépenses publiques n’est pas l’alpha et l’oméga. Benoît Hamon, qui est un étage en dessous de Pierre Moscovici à Bercy, veut donner un « sens plus social » au quinquennat. Et hier dans Le Monde , Arnaud Montebourg a fait son retour en expliquant que (je le cite) le « sérieux budgétaire, s’il tue la croissance, n’est plus sérieux ». Tous trois, ils font de la politique, mais vont-ils être entendus sur le plan économique ?

Et vous avez la réponse ?

Oui, et la réponse c’est non. Il n’y aura pas de changement, jurent l’Elysée, Matignon et Bercy. Pas de changement, cela veut dire pas de relance, on n’ouvre pas les vannes. Que ce soient Michel Sapin, Pierre Moscovici, les proches de François Hollande, en public ou par SMS, ont tous assuré hier que Arnaud Montebourg agissait tout seul et que le débat était fermé. Mail d’un conseiller élyséen : « c’est son initiative. Tout n’est pas faux (dans ce qu’il dit) mais on ne va pas tout arrêter. Nous ferons les réformes de fond que nous devons faire quelles que soient les vicissitudes du moment ».

Pourquoi ce statu quo ? La croissance ne revient pas…

Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que le changement de politique a déjà eu lieu il y a quelques semaines. Quand la France a reconnu qu’elle ne chercherait pas à réduire son déficit public à 3% du PIB cette année, et qu’il tournerait autour de 3,7%, c’est un changement de pied à 15 milliards d’euros. L’effort est reporté à 2014, mais là, promis juré, ce sera tenu, pas question de tirer trop sur la corde de Berlin et Bruxelles. En fait, bien sûr, on verra.

François Hollande ne se donne pas de mou avec le budget. D’où peut venir alors le rebond ?

L’espoir du Président est que la croissance débarque des Etats-Unis et du Japon, Japon qui vient de décider une politique monétaire très agressive. L’Espagne finira elle aussi par aller mieux. Mais la France continue surtout de défendre l’idée que les pays qui ont les moyens de le faire, l’Allemagne bien sûr, doivent augmenter leur demande interne pour acheter davantage aux autres pays. Hier, le ministre américain des finances, Jack Lew, a fait une tournée européenne où il est venu dire exactement cela à Berlin et Bruxelles. Il est venu ensuite à Paris qui boit du petit lait – c’est rare ces jours-ci.

Mais peut-on en attendre quelque chose ?

Rien avant l’élection allemande de septembre. Paris aimerait que les Allemands baissent leurs impôts (un rêve vu d’ici !) et créent un Smic national. Le Smic, ce serait nécessaire parce que trop de salariés des services ont des salaires faibles. Le problème vu d’Allemagne est que la France a fait peu de réformes structurelles depuis un an. Le problème est aussi que la France a besoin que l’économie allemande aille moins bien pour que la rigueur soit assouplie. C’est comme espérer que la foudre tombe chez votre voisin pour le forcer à acheter un paratonnerre collectif : c’est douteux.

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