Les Européens se réunissent une nouvelle fois aujourd’hui à Bruxelles pour discuter du Brexit… Le Royaume-Uni devrait obtenir un nouveau délai. Et si les Britanniques, contrairement à ce que l’on pense spontanément quand on regarde ce spectacle pathétique, étaient en train de réaliser un coup de génie ?

Theresa May
Theresa May © Getty / Aurelien Meunier

Les Européens se réunissent une nouvelle fois aujourd’hui à Bruxelles pour discuter du Brexit. Le Royaume-Uni devrait obtenir, on le sait, un nouveau délai de la part des Vingt-sept, de quelques mois, ou jusqu’à la fin de l’année voire jusqu’au 30 mars 2020, propose carrément la Commission. 

Et c’est là qu’un soupçon vaguement complotiste surgit dans nos cerveaux qui ont renoncé depuis longtemps à comprendre ce qui se passe : et si les Britanniques, contrairement à ce que l’on pense spontanément quand on regarde ce spectacle pathétique qu’ils s’imposent et nous imposent, 

… Et si les Britanniques étaient en train de réaliser un coup de génie ?

Lequel ? Paralyser l’Europe, leur rêve, avec l’arme absolue du Brexit permanent, du Brexit infini, du Brexit qui n'en finit pas. On plaisante, mais à peine. 

Le sommet d’aujourd’hui doit être le dixième consacré à la sortie de Londres, et il faut bien constater que le temps consacré à ce sujet n’a pas été utilisé à faire avancer l’Europe continentale. Depuis juin 2016, le moteur européen est en panne, sur les questions économiques, politiques, symboliques et de migrations. 

Certes, les spécialistes se consolent avec quelques percées. On se gargarise avec l’accord de Meseberg sur la zone euro, avec le RGPD, le Règlement sur la protection des données personnelles, avec la protection des droits d’auteur. 

Mais c’est peu et la vérité est que les chefs d’Etat sont aux abonnés absents

Le Brexit a cassé les reins du continent et il y a fort à craindre que l’Europe sera fort dépourvue quand Les Etats-Unis passeront vraiment à l’offensive sur le commerce comme ils ont commencé à le faire hier contre Airbus. Soyons-en sûrs : Donald Trump ne lâchera pas le morceau et jouera sur la division du camp européen : dès 1990, dans une interview au magazine Playboy il s’énervait contre la présence de Mercedes dans les rues de New-York. 

Le Brexit est donc perdant-perdant ?

Le temps consacré au Brexit est en tous cas perdant-perdant, sous la réserve qu’un No-Deal serait sans doute pire. Mais pensons au ridicule que va offrir au monde l’image de Britanniques élisant des députés européens qui viendraient siéger à Strasbourg et à Bruxelles. 

Sans compter que tout cela fera peut-être une victime collatérale : si le Brexit dure encore et encore, l’homme qui en a la charge côté européen, Michel Barnier, qui a toute la carrure pour être un futur président de la Commission, pourrait oublier l’idée. Bref, les Britanniques sont décidément trop forts.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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