L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». __Après le travail le dimanche, la majorité se fait activement entendre au Parlement sur la fiscalité. Pendant la crise, le Parlement continue de réformer les impôts, son rôle depuis cinq siècles. En 48 heures, il y a eu deux feuilletons, avec acteur principal, rebondissements et épilogue surprise. Le premier a eu lieu lundi. Le sénateur Philippe Marini, le spécialiste du budget au Palais du Luxembourg, défend un amendement autorisant les boursicoteurs à déduire les moins values boursières de leur revenu. La France entière en parle, et François Fillon est obligé de publier un communiqué pour dire, en gros, que c'est immoral. A la trappe, l'amendement. Mais c'est mal connaître Philippe Marini, qui a fait voter la nuit dernière une autre réforme. Un amendement a supprimé l'avantage fiscal attribué aux parents célibataires, divorcés ou veufs qui ont élevé des enfants. Ces personnes isolées bénéficient d'une demi-part supplémentaire de quotient familial, y compris quand leurs enfants ne sont plus à leur charge. Cette fois, le gouvernement a laissé passer. Cette fois aussi, 5 millions de contribuables sont concernés et cela leur coûtera 1,7 milliard d'euros. C'est autre chose ! Sur le fond, ces réformes sont-elles justifiées ? La première, la déduction des moins-values boursières, non. Faire financer les pertes boursières par les contribuables, non. Et pourquoi avantager ceux qui ont vendu leurs actions par rapport à ceux qui ne l'ont pas fait ? Donc, vraiment non. En revanche, la seconde réforme est beaucoup plus justifiée. Cette demi-part de plus à vie pose de vrais problèmes. D'abord, elle crée une inégalité avec les gens mariés ou pacsés qui ne l'ont pas. Ensuite, c'est un avantage pour une charge qui n'existe pas puisque l'enfant est parti. C'est une aberration. Mais qui vient de loin. De 1948 précisément, pour aider au départ les veuves de guerre, avant d'être généralisée. La plupart des gouvernements ont essayé de revenir sur cette curiosité fiscale. Y compris un certain Dominique Strauss Kahn en 1997. Quand il était à Bercy, il avait essayé de diviser l'avantage par cinq. Sans succès. Ça vient donc de loin. Ce qu'a voté le Sénat est nettement plus prudent et raisonnable. Le plafond actuel d'avantage fiscal de 855 euros va être diminué de 10% par an jusqu'à la mort du dispositif en 2018. Et puis la réforme ne s'appliquera que pour les revenus 2009, donc l'impôt 2010. Alors, François Fillon n'a rien dit, il attend de voir ce que feront les députés, qui avaient tenté eux aussi un toilettage. Jean-François Copé, le patron du groupe UMP, a jugé la réforme « surprenante ». Plusieurs ministres aussi, en privé. Alors, suspense, que va-t-il se passer ? La réforme est justifiée, progressive, elle ne concerne pas les Français les plus en difficultés puisque l'on parle de personnes imposables et les plus aisés seront les seuls touchés au début. Mais, il y a deux questions. Un : Est-ce le bon moment ? Aujourd'hui, tout doit être fait pour préserver le moral des familles modestes, notamment monoparentales. Deux : Est-ce la bonne méthode ? Pas sûr, la suppression de la carte familles nombreuses avait provoqué un tollé. La politique familiale mérite d'être regardée dans son ensemble. Le feuilleton n'est sans doute pas terminé.

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