**Coup de tonnerre hier à la City à Londres : les bonus de 20.000 banquiers vont être taxés à 50%.Je peux vous dire qu’hier à Londres, Paris et même New York, les milieux financiers ne parlaient que de cela. L’information est la suivante : Alistair Darling, le chancelier de l’Echiquier, a présenté, dans son projet de budget, cette mesure qui taxe à 50% les bonus de banquiers dès qu’ils dépassent 25.000 livres - en euros c’est à peine plus. Environ 20.000 banquiers seraient concernés. Il faut préciser tout de suite que ce sont les banques qui paieront ce nouvel impôt, pas les salariés payés au bonus, eux-mêmes avec une hausse de leur l’impôt sur le revenu. Il faut dire aussi que la mesure est à un coup, elle ne s’appliquera qu’aux bonus 2009. Mais c’est évidemment un vrai coup de tonnerre parce que c’est quand même une taxation des bonus. En parlant vulgairement, on dirait ironiquement que « tout fout le camp » ! Que ce soit Londres, la City, qui prenne ce type de décision qui est une première au monde, est cocasse. Pourquoi ce changement de pied ?La Grande-Bretagne est dans la pire situation depuis 1945, avec une récession de 5%. Le gouvernement a injecté 850 milliards de livres pour sauver des banques mouillées jusqu’au cou dans cette crise. Et, justement, certaines de ces banques distribuent encore des bonus énormes avec l’argent du contribuable. L’opinion s’est du coup complètement retournée et à quelques mois des élections législatives, le parti travailliste est obligé d’embrayer. Et les conservateurs seront obligés de suivre. Même le « Financial Times », bible des milieux d’affaires, applaudit avec un éditorial digne de « L’humanité ». « Aucun observateur sensé ne peut prétendre que les marchés financiers fonctionnent bien » dit le FT, pour qui « les profits des banques britanniques s’expliquent par l’accès à des prêts gratuits des banques centrales et à des subventions publiques » - fin de citation. On croit rêver mais c’est vrai que quelques banquiers ont tant abusé qu’ils sont indéfendables aux yeux de tous les autres acteurs économiques qui n’ont pas été aidés. Quelles sont les réactions dans le monde ?Incrédules ! Mais les choses bougent. L’information est notamment à la Une du site Internet du « Wall Street journal », qui a publié il y a quelques heures une tribune de Gordon Brown et Nicolas Sarkozy appelant les Etats-Unis à faire la même chose. A New York, il n’est pas question de taxer les bonus. Mais, le tsar des rémunérations pourrait étendre la liste des salariés plafonnés à 500 000 dollars. Hier, les banques françaises, BNP-Paribas, Société Générale s’inquiétaient surtout du fait qu’elles emploient des milliers de salariés concernés en Angleterre. Cette mesure va-t-elle affaiblir la City ?Non. Un : la mort de la City n’est pas pour demain puisque la mesure est temporaire, et qu’elle ne concerne qu’un salarié sur dix. Deux : ce mouvement fiscal pourrait s’étendre ailleurs, maintenant que le pas est franchi. Trois : les banques peuvent contourner la mesure en ne diminuant pas vraiment la rémunération de leurs traders. Quatre : c’est Londres qui a obtenu il y a huit jours en coulisses que la surveillance européenne de la finance soit la plus limitée possible. Conclusion : La mesure est très politique, mais sur le plan économique, la City ne perd pas le Nord.**

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