Ce matin, ces députés qui font les yeux doux – peut-être trop – au cinéma.

Il s’est passé un petit événement intéressant et discret vendredi à l’Assemblée nationale, juste avant l’heure du déjeuner. Les élus discutaient dans l’hémicycle de la loi de finances rectificative - le collectif budgétaire. Par amendement, ils ont décidé d’élargir nettement une niche fiscale en faveur du tournage des films de cinéma en France. Jugez-en : les producteurs bénéficiaient d’une baisse d’impôt de 20% de leurs dépenses de tournage, l’avantage pouvant aller jusqu’à un million d’euros. Il a été porté à quatre millions ! Le crédit d’impôt était de 4 millions pour les films étrangers tournés en France ; il est monté à dix millions. Enfin, les dépenses déductibles ont été élargies aux frais d’hôtel, de restaurant, de figurant, de transport etc. Au total, la niche est élargie – excusez du peu - de 150 millions d’euros.

Les débats ont été riches ...

Le député socialiste Patrick Bloche, auteur de l’amendement, a expliqué que le dernier Astérix n’avait pas été tourné en France, mais dans trois pays étrangers, et surtout Malte. Gilles Carrez, président UMP de la commission des finances, a rétorqué que quand Alfred Hitchcock avait tourné la Main au collet dans les années 50, il n’y avait pas de crédit d’impôt et toute l’équipe avait été hébergée au Carlton. Jérôme Cahuzac, le ministre, a dit oui au texte, mais ironisé sur la nécessité d’aider le tournage de films en France, pays où c’est connu le climat est rude, sans lieux historiques à filmer et où les gens sont peu accueillants !

Bon, sur le fond, qu’est-ce qui explique cette décision ?

C’est le signal d’alarme lancé par le patronat du secteur, la Ficam. Nos voisins ont mis en place des mesures fiscales ultra-favorables pour attirer les tournages de films, la Belgique et l’Allemagne. 40% des films se sont délocalisés cette année, et même deux films sur trois de ceux dont le budget dépasse les dix millions d’euros. Des tournages en France, ce sont des emplois, des moyens techniques, des nuits d’hôtels etc. Voilà les raisons pour muscler la niche fiscale.

Mais on vous sent réticent, non ?

Surtout interloqué ! Pour deux raisons. Je ne me prononce pas sur le fond de la mesure, il faut pour cela connaître l’économie du cinéma, français et européen. Mais quand même. D’abord, on a entendu depuis des mois des beaux discours contre les niches fiscales, et en voilà une, après le maintien de celle qui concerne l’outre-mer, qui est renforcée. Déjà, le cinéma bénéficie du régime des intermittents du spectacle (un milliard d’euros) et du Centre national du cinéma. Mais surtout, vendredi, la concurrence internationale et la compétitivité ont été appelées à l’aide. Pourtant, quand il s’agissait de durcir la fiscalité des actions, des Pigeons, des délocalisations possibles d’activités, de sociétés et de dirigeants, ces mots (concurrence, délocalisations) étaient jugés ridicules et hors sujet. Il y a, pour la majorité, une exception culturelle, des voix plus écoutées que d’autres et deux poids deux mesures. C’est fâcheux.

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