Manifestation contre la réforme des classes préparatoires
Manifestation contre la réforme des classes préparatoires © Maxppp / Alexander Roth-Grisard

Hier, les enseignants en classes préparatoires aux grandes écoles étaient en grève. Leur colère est, selon vous, compréhensible, mais Vincent Peillon veut tenir.

Ils se sont mis en grève contre une réforme qui veut augmenter leur nombre minimal d’heures de cours de huit à dix heures par semaine. Ces deux heures de différence étant aujourd’hui payées plus cher, cela diminuerait leur rémunération, de 5% selon le gouvernement, jusqu’à 20% selon les opposants. Sauf s’ils travaillent plus. On comprend que cela ne passe pas comme une lettre à La Poste ! Qui accepterait cela sans broncher ? Alors, on peut voir ces enseignants comme des enfants gâtés, parce qu’ils sont un peu mieux payés que les autres. Un ancien haut fonctionnaire de l’Éducation me glissait hier que leur mouvement était lamentable de corporatisme. Cette affaire en dit toutefois long sur le climat éruptif du pays et la façon curieuse qu’a le pouvoir pour aborder les réformes.

Ces enseignants en prépa sont quand même privilégiés, non ?

Ils ne sont que 8.000, c’est exact, qui préparent les élèves aux concours littéraires, scientifiques et commerciaux. Mais si on parle de leurs revenus et de leur nombre d’heures de cours, il faut évoquer aussi le fait qu’ils sont, eux et eux seuls, évalués en permanence par les résultats de leurs étudiants aux concours et travaillent comme des brutes. Dans ce conflit, plus que la question salariale, ils soupçonnent le gouvernement de vouloir supprimer un système qui, au total, marche, celui des filières d’excellence, pour l’intégrer dans l’université. Encore au-delà, le pouvoir, en les mettant (ou en donnant l’impression de les mettre) dans la même catégorie que les privilégiés de tous ordres qu’il dénonce depuis un an et demi - les patrons, les exilés fiscaux, les rentiers de l’immobilier -, le pouvoir accrédite l’idée qu’il veut s’en prendre maintenant à l’élite intellectuelle. Celle des agrégés, normaliens ou pas, qui ont trouvé un lieu où leur rémunération est en adéquation avec leur niveau de formation. Et qu’il veut ajouter un scalp à sa croisade anti-élite - réelle ou supposée. Vrai ou faux, c’est leur sentiment.

A gauche, les classes prépa n’ont pas bonne presse…

Le débat est légitime sur des évolutions de ce système français. Mais en s’y prenant d’une façon brutale, stigmatisante, Vincent Peillon rend impossible un dialogue serein. Juste après le terrible classement Pisa sur le niveau des élèves et les inégalités du système français, viser en premier responsable le système des classes préparatoires est maladroit. On comprend pourquoi Vincent Peillon veut tenir : s’il réussit à passer en force sur les profs d’en haut, il se dit qu’il pourra toucher aux obligations d’enseignement de tous les profs. Mais on leur fait porter un chapeau un peu large.

Dites-nous quand même pourquoi cet édito sur un sujet qui n’est pas directement économique ?

D’abord, tout est économique ! Ensuite, les grandes écoles forment les milieux économiques depuis toujours. Enfin et surtout, la méthode qui consiste à fragiliser ce qui fonctionne bien avant de s’attaquer à ce qui ne fonctionne pas est un cas d’école d’échec en management.

Aller plus loin :

Le rapport de la Cour des comptes de mai 2013 sur lequel s'appuie le ministre de l'Éducation Nationale.

L'une des pétitions des enseignants en classes préparatoires qui présentent leur revendications.

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Le blog de Dominique Seux

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