Ce matin : dans la crise actuelle, les ministres de Bercy ne sont pas sur la même ligne. C’est rare.

Emmanuel Macron a demandé à ses principaux ministres de lui faire des propositions de sortie de crise et oui, les deux ministres de Bercy, Gérald Darmanin, au Budget, et Bruno Le Maire, à l’Economie, lui proposent des choses différentes. 

Les deux viennent pourtant de la droite. 

Gérald Darmanin assume de défendre une réponse « populaire » et plaide en faveur de baisses d’impôt pour les ménages modestes. Au menu : accélération de la défiscalisation et de la désocialisation (cela veut dire sans charges sociales) des heures supplémentaires dès janvier. Accélération de la baisse de la taxe d’habitation en un an (2019) et pas deux, pour un coût de 4 milliards d’euros. Et pourquoi pas après une diminution de l’impôt sur le revenu pour les bas revenus, ce qui peut se faire quand on veut avec la retenue à la source. En face, il propose de reprendre un peu aux entreprises et aux très hauts revenus. 

Bruno Le Maire, lui, défend une autre ligne. Effaré par les dégâts causés à l’économie depuis un mois, il juge primordial de préserver le cap de la compétitivité des entreprises, cap qui paie déjà (700.000 emplois créés depuis 2015) et qui va continuer à produire ses effets à condition que l’on laisse au thé le temps d’infuser. Abandonner la politique dite de l’offre serait pour lui aberrant : la priorité doit rester la lutte contre le chômage, sujet dont plus personne ne parle depuis un mois. Lui défend la possibilité (pas l’obligation) d’une prime défiscalisée pour les salariés. 

On verra ce soir, même si je parie sur des mesures dès janvier.

Que dit cette divergence d’analyse y compris donc à Bercy ?

C’est le vieux vieux débat entre la poule et l’oeuf, l’emploi et le pouvoir d’achat, les entreprises et les ménages. 

Au-delà, elle dit le désarroi des gouvernants sur l’origine profonde de la crise : économique, politique ou démocratique, Internet remplaçant les urnes ? 

Elle reflète aussi un débat sur l’ampleur réelle du mouvement. Samedi il y a eu 136.000 manifestants. Quand les syndicaux rassemblent 136.000 personnes au niveau national, tout le monde dit que c’est un échec. Si c’est bien sûr le soutien de l’opinion qui change la donne, la réponse est-elle d’abord économique ou dans la façon d’être, de décider et de gouverner quand on est, justement, gouvernant et président  à l’heure de Facebook ? La page est vierge et Macron devra l’écrire un peu à l’aveugle ce soir.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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