L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____Un sujet dont personne ne parle et qui n’intéresse semble-t-il plus grand monde : le déficit public ! C’est un sujet dont on parlait presque tous les jours il y a encore un an et plus du tout aujourd’hui. Et pourtant, il s’est passé quelque chose hier d’important. Le déficit de l’Etat, le déficit budgétaire, a fait un bond en avant qui le rapproche de la barre absolument sans précédent des 100 milliards d’euros. Pourquoi ? Pour la raison toute simple que l’enveloppe de 6,5 milliards d’euros de prêts aux constructeurs automobile annoncée hier l’alourdit directement. C’est un peu technique, mais il s’agit de prêts directs du Trésor. C’est différent des prêts apportés aux banques. Ceux-ci sont passés par des structures ad hoc comme la Société de financement de l’économie française, la SFEF, qui lève elle-même des fonds sur les marchés financiers. Bref, le déficit budgétaire, qui était hier matin d’un peu moins de 87 milliards, s’approchait hier soir de 94 milliards d’euros. Et ce n’est pas fini. Le budget 2009 est toujours calé sur une croissance de + 0,5%. Bientôt, Christine Lagarde, la ministre de l’économie, révisera ce chiffre, elle reverra les hypothèses de recettes fiscales, et on se doute que ce n’est pas à la hausse. Si on rajoute les enveloppes pour calmer la grogne sociale en Guadeloupe et ce que Nicolas Sarkozy mettra sur la table après le 18 février quand il recevra les syndicats, on peut considérer que la barre des 100 milliards est virtuellement dépassée. Pour donner juste une indication, ce déficit était moitié moins important lors de la précédente récession, en 1993. Et en 2007, il était d’environ… 40 milliards, vous voyez le plongeon ou le bond selon l’angle où on se place ! Alors, comment se rassurer ? En se disant qu’une partie des dépenses d’aujourd’hui seront des recettes demain. Que Renault et PSA Peugeot Citroën rembourseront leurs prêts. Que les entreprises dont on allège les impôts aujourd’hui en paieront plus demain. Que les investissements publics créeront de l’activité. Bref, c’est vrai que les déficits d’aujourd’hui amortissent la panne économique. Y a-t-il une limite ? Cela n'aurait aucun sens de mener une politique budgétaire restrictive aujourd’hui. Quand un bateau prend l'eau, ce n'est pas le moment de remettre du lest. Cela dit, les comptes publics restent à surveiller de près. Dans les mois qui viennent, la facilité sera de tout laisser filer. Notamment en se comparant avec la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis, qui vont afficher des déficits proches de 8 à 10 % du PIB, contre près de 5% ici. Mais d’abord, ces pays n’ont pas nos amortisseurs sociaux. Ensuite, Philippe Séguin, le président de la Cour des comptes, a eu raison la semaine dernière de tirer la sonnette d'alarme. Depuis quinze ans, la dette publique a grossi de 500 milliards d'euros. Cela nous coûte 20 milliards en plus chaque année uniquement pour les charges d'intérêt, c’est le salaire annuel de 750.000 fonctionnaires. La dette pourrait approcher des 85 % du PIB d'ici à deux ans ! Et demain comme aujourd'hui, il n'y aura que trois moyens de la purger : les économies, l'impôt ou l'inflation. Avez-vous remarqué ? On parle toujours dans les milieux officiels des déficits en % du PIB, c’est moins impressionnant. Mais il faut garder ce chiffre de 100 milliards en mémoire parce que c’est plus parlant.

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