Dans votre édito ce matin : le rapport annuel de la Cour des Comptes ou la radiographie d’une France inégalitaire.Exactement, dans ce rapport de 672 pages, il y a l’avertissement, qui vient d’être détaillé dans le journal de 7h, et à juste titre au moment où les dettes publiques affolent les marchés financiers et où l’Europe cherche la réponse par contre-attaque. La Cour le dit avec ce mot-là, la dette française s’ « emballe », au point que le seul coût annuel des intérêts de cette dette pourrait représenter dans trois ans 10% de tous les prélèvements obligatoires, soit l’équivalent de la CSG, 90 milliards d’euros. Il y a donc cette mise en garde, mais ce n’est pas la seule. Car l’autre message du rapport qui passe en revue une vingtaine de politiques publiques, de grandes et de petites dérives, c’est la description, effectivement, d’une France qui protège ses privilèges, d’une France à plusieurs vitesses où les situations, les droits des uns et des autres ne sont pas les mêmes. C’est d’abord le cas sur les politiques publiques…La Cour cite l’exemple des contrôles fiscaux, devant lesquels les Français ne sont pas égaux. Ces contrôles sont ciblés sur les fraudes les plus faciles à sanctionner, pas sur les plus grosses, moins faciles à déceler. L’impôt sur le revenu est davantage surveillé que l’impôt sur la fortune, les contribuables aisés moins redressés que les moins aisés, c’est la Cour qui le dit. Et elle continue : un agriculteur du Nord a une chance sur 666 seulement d’être contrôlé au cours de sa vie, alors que la probabilité est infiniment plus élevée pour une entreprise du BTP. Ou encore, les sanctions en cas de fraude sont floues. Un footballeur qui avait « oublié » de déclarer 138.000 euros n’a dû payer aucune pénalité. La raison de tout çà ? Rien de politique, les agents du fisc vont au plus simple, tout simplement. Autre exemple d’inégalité pointée : la SNCF dépensera plus de 100 millions d’euros par an jusqu’en 2030 au titre des mesures pour adoucir la réforme des retraites des cheminots, mesures dont bien d’autres salariés rêveraient. Et puis, il y a les petits ou gros privilèges…… dont bénéficient certaines catégories de Français, de tous milieux, mais qui font que l’égalité est rompue. Alors c’est un inventaire à la Prévert, mais la Cour des comptes dénonce dans son rapport 2010 : les contrôleurs aériens qui travaillent moins de 100 jours par an ; les bénéficiaires de réductions d’impôt hyper avantageuses pour des investissements dans les DOM-TOM ; les 500.000 amendes de la route qui sautent chaque année à Paris pour d’obscures raisons ; les pensions ridicules des anciens combattants des ex-colonies français par rapport aux autres – vous vous souvenez du film Indigènes ; enfin, les 843.000 cheminots et anciens cheminots, leurs conjoints et descendants, sans oublier les ascendants qui gonflent encore le chiffre, qui voyagent presque gratuitement à la SNCF. C’est un peu anecdotique, tout ça, non ?Ecoutez, pas du tout ! C’est la description d’une France peu lisible, rongée par ses particularismes, ses corporatismes qui sont une des clés de la société de défiance qu’avait décryptée un petit livre inspiré il y a deux ans. On est loin de la dette ? Pas du tout : ça a l’air trivial mais toutes ces petites ou grosses niches finissent, additionnées, par coûter très cher et ne sont pas très justes.

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