Par Jean-Marc Vittori

La succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne se complique. L'Allemand Axel Weber, qui était donné favori, semble s'être retiré de la course. Qu'est-ce qui se passe ?

Il faut être très prudent dans cette histoire. Hier, les rumeurs ont fait valser les marché toute la journée. On va partir des certitudes.

D'abord, le patron de la Banque Centrale Européenne, le Français Jean-Claude Trichet, quitte son poste fin octobre. C'est un poste absolument clé : le président de la BCE mène l'équipe qui détermine les taux d'intérêt de la zone euro. Et c'est lui qui intervient quand il y a urgence financière, en fournissant de l'argent aux banques. Dans la crise, il a même violé les textes pour venir au secours de l'Etat grec en achetant ses obligations.

Deuxième certitude : l'Allemand Axel Weber était candidat à sa succession. Il avait mené campagne. Mais en même temps, c'est un orthodoxe, obsédé par la lutte contre l'inflation. Aujourd'hui, ça semble un peu court. Ensuite, on entre dans la zone grise. Axel Weber semble avoir dit à des proches qu'il voulait abandonner son fauteuil de patron de la BUBA, la banque centrale allemande. Ceci impliquerait un retrait de sa candidature à la BCE et il en aurait parlé avec la chancelière allemande Angela Merkel, qu'il a eu au téléphone hier.

Y aurait-il une explication au retrait d'Axel Weber ? Oui, il y en a une : c'est la lune de miel, en tout bien tout honneur, entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui lancent ensemble de nouveaux projets européens. Le Président français ne voulait pas de Weber. D'autres dirigeants européens l'auraient également fait savoir. Pour mieux roucouler avec Nicolas, Angela aurait sacrifié le soldat Weber.

Quelle va être la suite des événements ? Il va falloir trouver un autre président pour la BCE. Et là, accrochez-vous, on rentre dans un exercice de logique européenne. Le directoire de la BCE comprend six membres. Aujourd'hui, il y a le Français Trichet, un Allemand, un Italien, un Espagnol, une Autrichienne et un Portugais qui est numéro deux. Trichet va partir. S'il est remplacé par le très orthodoxe Luxembourgeois Yves Mersch, ça ferait trois représentants de petits pays sur six membres: pas question. S'il est remplacé par l'Italien Mario Draghi, malgré sa nationalité et sa qualité d'ancien de la banque américaine honnie Goldman Sachs, les deux principaux dirigeants de la BCE viendraient de pays du sud: pas question non plus.

Il n'y a pas de candidat français à la hauteur du poste. Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, est dans l'ombre. Il y aurait bien un Allemand, Klaus Regling, mais il passe son temps à expliquer qu'il est très content de diriger le Fonds européen de stabilité financière. Du coup, on parle aussi du Néerlandais Nout Wellink et du Finlandais Erkki Liikanen mais ils viennent de petits pays. L'équation n'a pour l'instant pas de solution.

Un peu de nostalgie ? On ne peut rien vous cacher. Oui, je crois qu'Axel Weber aurait fait un excellent président. Pour une raison très simple : c'est un dur. Et pour prendre les mesures extravagantes qui seront nécessaires au sauvetage de l'union monétaire dans les prochaines années, un homme à la réputation inflexible sera plus crédible. Jean-Claude Trichet avait cette réputation de dureté – et c'est grâce à elle qu'il a pu mettre en oeuvre pendant la crise une politique d'une incroyable souplesse.

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