Le groupe pétrolier change de nom pour devenir multi-énergies. Les défenseurs de l'environnement n'y voit qu'une opération de communication. Ce sont pourtant les grandes entreprises qui ont les moyens de la transition énergétique.

Total perd de l’argent, mais gagne un nouveau nom
Total perd de l’argent, mais gagne un nouveau nom © AFP / Total

Que veut dire le changement de nom de "Total" pour "TotalEnergies" ? 

Le groupe pétrolier Total change de nom pour s’appeler TotalEnergies (avec un s). Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est la décision rendue publique hier, intéressante parce que le dernier changement de nom date de 2003, quand l’entreprise avait quitté le nom TotalFinaElf.

Et oui, qu’est-ce que cela veut dire ? Que l’entreprise, cinquième pétrolier mondial, met en scène sa transformation

Là, on vient de dire deux choses. 

Quand on parle de mise en scène, on voit le message que Total veut faire passer : nous ne vendons plus seulement du pétrole, mais aussi du gaz, de l’électricité solaire, des biocarburants. Bref, nous avons lu l’accord de Paris sur le climat et nous sommes en transition. 

Les ONG environnementales y voient du ripolinage : dans dix ans, disent-elles, le pétrole et le gaz représenteront toujours 80% des revenus du groupe et le gaz, s’il pollue 30% moins que le pétrole, pollue. Total, ajoutent-elles, développe ses champs gaziers au Mozambique et en Russie. 

C’est vrai. Mais en même temps, il faut être de mauvaise foi pour refuser de voir que Total est effectivement en transformation. 

Chaque mois, Patrick Pouyanné, le patron du groupe, investit dans le solaire, dans les éoliennes en mer, dans les batteries électriques, en Inde, en Espagne, aux Etats-Unis. Les pétroliers européens font un chemin que les pétroliers américains ne font pas du tout. 

Bon, il faut être honnête : les uns et les autres, Total et le monde de l’environnement, ne peuvent pas se comprendre. Les uns n'ont qu’un objectif : que Total, le pétrole et le gaz disparaissent tout de suite ; Total, de son côté, dit : pour un certain temps encore, on aura encore besoin de pétrole et de gaz et si ce n’est pas nous, ce sont d’autres qui rempliront les réservoirs des voitures.

Et vous, vous dites ? 

Position centriste, on peut réconcilier les deux : les grandes entreprises sont en réalité les seules à avoir les moyens pour investir dans la transition – 60 milliards d’euros pour Total. Elargissons le regard : qui peut le mieux faire basculer les voitures vers l’hybride rechargeable et l’électrique pour tous ? Ce sont Volkswagen, PSA-Fiat ou Renault-Nissan-Dacia, qui ont beaucoup d’argent, plutôt que Tesla dont la voiture d’entrée de gamme est à 40 000 euros. 

C’est Total qui a les reins assez solides pour dépenser des centaines de millions d’euros pour installer des bornes de recharge électriques rapides sur les routes et autoroutes. Au total, si j’ose, les pétroliers européens, sous la pression des investisseurs, de l’opinion et des normes bruxelloises, sont obligés de changer. Ils devront aller plus vite. Mais ils ont commencé.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter