Des informations qui illustrent combien les industriels du tabac, le ministère des Finances et les buralistes arrivent à se mettre d’accord pour défendre leurs intérêts respectifs, mais en oubliant sans doute un peu vite un enjeu : la santé publique.

C’est brutal, mais c’est malgré tout l’impression que l’on a quand on regarde de près la façon dont sont «gérés» les prix du tabac depuis quelques années –et donc encore cet automne. Je résume : à la rentrée, les industriels avaient demandé au gouvernement l’autorisation d’augmenter en novembre les prix des cigarettes de 6%, comme ils l’avaient déjà fait un an plus tôt. Le gouvernement a dit oui. Ce qui représente une hausse de 30 centimes du prix du paquet. Eh bien, selon les statistiques publiées par la revue professionnelle « Le Losange » vendredi, le chiffre d’affaires de la profession a bien augmenté en novembre mais les ventes, en volume, n’ont pas baissé d’un iota, et se sont peut-être même accrues.

Où est le problème ? Le reproche que l’on peut faire au gouvernement est que cette hausse de 6% a manifestement été calculée pour avoir cet effet précis : satisfaire les industriels, aider les buralistes (sauf les frontaliers) et ramener de l’argent pour l’Etat (les taxes supplémentaires vont lui rapporter 400 millions d’euros). Tout cela sans mettre en péril les revenus des uns et des autres par une hausse trop forte. Toutes les analyses montrent en effet que c’est ce qui se passe quand la montée des prix est inférieure à 10%. Que le gouvernement décide ou pas d’agir à tel ou tel moment contre le tabagisme et sous quelle forme, c’est son choix. Mais qu’il rentre dans et participe à une logique subtile de calcul qui lui permette de gagner de l’argent tout en sachant que cela ne fera pas avancer la santé publique est un (sacré) problème. C’est comme si un médecin vous donnait un médicament qui va vous soigner mais pas trop, parce qu’il a bien envie de vous revoir.

Et ces chiffres tombent mal particulièrement aujourd’hui. Exactement ! Aujourd’hui, Xavier Bertrand, le ministre du Travail et de la Santé, va célébrer par un déplacement avec Claude Evin, le vingtième anniversaire de la loi Evin justement, votée le 10 janvier 1991, et qui a marqué une grande avancée dans la lutte contre le tabagisme. Cette hypocrisie de la dernière hausse des prix tombe donc mal, même si elle ne concerne pas Xavier Bertrand qui n’était pas ministre quand elle a été décidée. La dernière mesure forte dans ce domaine est d’ailleurs de lui, avec l’interdiction de fumer dans les cafés restaurants. C’est plutôt vers le ministre du Budget, François Baroin, que les yeux se tournent. Pourquoi, économiquement, la consommation ne bouge pas quand les prix augmentent de 6% ? C’est la question de l’élasticité de la consommation aux prix. Normalement, plus un produit est cher, moins il est acheté ! Dans le cas du tabac, c’est différent. Plus les prix sont déjà élevés, plus les consommateurs sont des vrais «accros» qui ont du mal à s’en passer et sont moins sensibles au prix. Du coup, seules les mesures radicales fonctionnent.

La dernière vraie baisse de consommation date de 2003-2004, quand il y avait eu un relèvement des prix de 30%. Depuis, il y a eu trois hausses de 6%, sans effet, et la consommation de tabac est même un peu remontée depuis cinq ans, avec 29% de fumeurs quotidiens. L’Etat n’a pas de quoi en être fier.

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