Ce matin, à 8 h 30, l’opérateur Free présente son offre de téléphonie mobile. Et c’est un événement. La première question à se poser est de savoir pourquoi c’est un événement. On ne sait rien du contenu de l’offre de Free. On parle d’un forfait illimité voix + Internet à 10, 16 ou 20 euros par mois - sans le portable mais sans engagement non plus… On verra ! Ce qui est sûr, c’est que le service avant-vente a été exceptionnel. Hier, l’entreprise a même diffusé un message : « Les sanglots longs des violons de l’automne… ». Vous reconnaissez Verlaine et le message annonçant en 1944 le débarquement allié à la Résistance … la Résistance ici, c’est Free contre les trois Goliath du mobile, Orange, SFR et Bouygues ! Pourquoi en parle-t-on tant ? Parce que, justement, Free s’est créée une image de David, de Robin de Bois, de mini-Apple. Le look anti-establishment de Xavier Niel joue pour lui – même si ce faux cool est un des propriétaires du journal Le Monde.Mais y a-t-il de la place pour un nouvel opérateur ? A première vue, ce n’est pas évident. D’abord parce que le marché français est un marché comme on dit « mature ». 85% des Français sont équipés d’un téléphone portable, c’est beaucoup. Avec les doubles équipements, il y a 67 millions de lignes ouvertes ! Ensuite, les prix ont nettement baissé. Chaque Français dépensait en moyenne 27 euros par mois il y a un an, c’est aujourd’hui 25 euros. Et vingt-cinq euros pour un service accru puisque l’envoi de SMS a explosé (200 par mois en moyenne) et qu’un tiers des Français utilisent Internet sur son smart phone. A priori, le marché est donc bouché pour un nouvel opérateur.Mais Free a des arguments à faire valoir… Des arguments qui ont lui permis de s’imposer dans la téléphonie fixe. Lesquels ? On a parlé de la publicité gratuite faite par les médias. Mais il y a aussi une vraie capacité d’innovation. C’est Free qui a inventé le triple play (Internet, ligne fixe, télévision) à 29,99 euros par mois. Pour le mobile, l’opérateur va s’appuyer sur sa base de cinq millions d’abonnés au fixe. Son vrai atout est que ses coûts sont légers. Là où Orange, SFR et Bouygues ont des milliers de boutiques, Free n’a rien – 5.000 salariés contre 100.000 pour Orange France.Et les pouvoirs publics lui ont donné un coup de main … Le gouvernement lui a attribué une licence, et le régulateur le soutient. Au désespoir de ses concurrents qui ont défriché le terrain, investi à l’étranger, qui créent des emplois et qui paient des impôts … mais aussi qui font des marges qui peuvent aller jusqu’à 20% après investissements - c’est un chiffre inédit et énorme ! La concurrence est donc nécessaire, surtout dans ces industries de réseaux (c’est la même chose dans l’énergie) où des monopoles et des oligopoles ont vite fait de se constituer. Cela étant, Free attaque, ses concurrents vont contre-attaquer – notamment en rappelant que Free aussi gagne beaucoup d’argent : la guerre va continuer. Pour les consommateurs, bénéfice sur toute la ligne.

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