Le nombre de très hauts fonctionnaires payés au-dessus de 11.000 euros par mois est extrêmement faible, sans commune mesure avec ce que l'on constate dans le secteur privé. Le vrai sujet : l'absence de transparence et de lien (parfois) avec les performances.

Chantal Jouanno, présidente de la Commission Nationale du Débat public
Chantal Jouanno, présidente de la Commission Nationale du Débat public © AFP / Joël SAGET / AFP

Certains très hauts fonctionnaires sont-ils trop payés ? Cette question est bien sûr ouverte par le retrait de Chantal Jouanno du Grand débat national après la révélation de son salaire (14.700 euros par mois) -même si elle-même n’est pas fonctionnaire. 

Au moment où la France exprime une nouvelle fois sa passion égalitaire, la réponse est par nature compliquée. Trop payé, qu’est-ce que çà veut dire ? Chacun compare avec sa propre situation. Existe-t-il une norme et laquelle ? Ce n'est pas évident. 

Une fois que l’on a dit çà, quels sont les faits ? Dans le secteur privé, les 1% de salariés les mieux payés gagnent plus de 11.000 euros bruts par mois, ils perçoivent en moyenne 19.000 euros et ils sont environ 130.000. Dans cette catégorie, on trouve aussi 160.000 non-salariés, des professions indépendantes. Attention : les chiffres sont approximatifs, il faut les recalculer.

En face, combien y-a-t-il de fonctionnaires au-dessus de 11.000 euros, avec bien sûr de grands écarts ? Aux alentours d’un millier. (voir le petit encadré dans la note de l'Insee ) Sur cinq millions. 

Vous voyez la différence entre secteurs privé et public. 

Qui sont-ils, ces très hauts fonctionnaires ? Des diplomates, des patrons d’administrations, des hauts magistrats. Un millier, est-ce énorme ? Je ne crois pas. 

Mais il est en revanche sûr que l’écart public-privé s’est creusé en 30 ans, et ce sont les rémunérations privées qui sont parfois devenues folles. 

A partir de là, il y a la question existentielle et générale : qu’est-ce qui mérite d’être mieux payé, un travail passionnant avec responsabilité ou un travail pénible et ennuyeux ? A chacun de réfléchir à cette interrogation philosophique. Et il y a une question pratique : comment attirer les meilleurs ?  

Est-ce scandaleux ? Non, s’il s’agit de bien rémunérer des hauts fonctionnaires, des ministres et des élus. Mais il y a néanmoins de vrais problèmes. 

Un : l’absence de transparence, j’ai dit un millier au-dessus de 11.000 euros, ce chiffre de l’Insee date de … 2007 ! Et on ne sait pas si les primes sont incluses ou pas ... Tout est si secret qu’un journaliste de l’Obs, Vincent jauvert, a dû y consacrer un livre il y a un an (Les Intouchables). Anormal. 

Deux : on sait que la rémunération dans l’Etat n’est pas liée au mérite, c’est aussi anormal à ce niveau. Une suggestion : indexer les revenus sur le redressement des comptes publics, la baisse des impôts et la qualité des services publics. Non, c’est pour rire. 

Trois : Pourquoi certains responsables d’organismes qui dirigent quelques dizaines de personnes sont mieux payés que d’autres qui en dirigent des milliers ? C’est bizarre. 

Au total, un toilettage est donc nécessaire, mais pas un lessivage égalitariste.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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