Le débat sur les retraites n'est pas le meilleur investissement pour le pays en ce moment. La lutte contre le réchauffement climatique mérite autant et sans doute davantage d'énergie.

Edouard Philippe lors d'une discours à la Convention citoyenne pour le climat en octobre 2019
Edouard Philippe lors d'une discours à la Convention citoyenne pour le climat en octobre 2019 © AFP / Ian Langsdon

On peut avoir un gros doute sur l'importance qu'a pris dans le débat national l'avenir des retraites. Le télescopage de deux événements pose en tous cas la question. 

Depuis 37 jours, des millions de Français sont gênés dans leurs transports. Depuis 37 jours, des millions de Français ne veulent pas cette réforme. 

La France débat dans la douleur des retraites, dans la rue (la CGT et FO) et dans les coulisses (la CFDT et l’Unsa). Il ne fait aucun doute que les failles du système actuel sont béantes : failles sur l’équité et faille sur la pérennité financière. On verra comment cette histoire finira. 

Mais -mais- imaginons un instant (scénario-fiction) que toute cette énergie collective et nationale ait été, soit consacrée à un autre sujet : le climat. 

C’est (voici le télescopage) ce soir que le président se déplace à la convention des 150 citoyens tirés au sort. Il a promis que dans l’acte 2 du quinquennat, il y aura une priorité verte. Pour l’instant, c’est en dessous de la pile. 

Trois facteurs plaident pour la remettre en haut de la pile. 

  1. le contraste entre le désappointement des jeunes générations sur l’avenir de leurs retraites et leur énervement sur l’inaction face au réchauffement, ce contraste est frappant. Le climat peut être un moyen de réconcilier les jeunes avec l’action politique. 

  2. c’est de 2022 au plus tôt à 2037, que la réforme des retraites s’appliquera, mais c’est dès maintenant que les conséquences du réchauffement se voient. 

  3. il y a un modèle économique à inventer, entre les chimères de la décroissance globale qui serait aussi celle des revenus, et la facilité de la seule décroissance des énergies fossiles qui ne suffit pas.

Mais concrètement ? Malgré leur importance, les retraites, la dépendance des personnes âgées, l’hôpital ne peuvent pas être les seuls sujets d’avenir des prochaines années pour les moins de 40 ans. Le co-voiturage organisé de façon massive, une vraie taxe climatique aux frontières européennes (c’est le plus important parce que le plus efficace sur le reste du monde), la décarbonation des entreprises industrielles, la production d’électricité, le modèle d’alimentation, dix autres choses, méritent autant et sans doute plus de temps de débats politiques, économiques et de la société civile, et plus de commentaires d’éditorialistes (!) que les retraites.

Dans un pays qui veut être jeune, il faut des sujets jeunes et pour les jeunes. Il faut maintenant passer à autre chose.

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