L’édito éco de Dominique Seux, des "Echos". __C’est aujourd’hui la dernière journée du G 8, qui est réuni à l’Aquila, en Italie. Pourra-t-on dire ce soir que ce sommet aura été utile ? On aimerait en être certain mais ce n’est pas sûr. Le problème de ce G8, comme des précédents, est qu’ils ressemblent de plus en plus, au cinéma on dirait, à un péplum. Ils sont lourds et cela ne permet pas, sauf exception, d’avoir un souffle, une énergie, qui ferait des grands sommets historiques. A l’Aquila, il y a les chefs d’Etat, des milliers de conseillers et 3.000 journalistes. Sur la forme, ce qui frappe aussi, c’est une certaine confusion. Le G8 a commencé mercredi à huit, avec les Etats-Unis, le Canada, quatre Européens, le Japon et la Russie. Il a ensuite accueilli le G5, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Brésil et le Mexique. Auquel, suivez bien, s’est rajoutée l’Egypte. 8 + 5 + 1 = voilà le G 14. Mais il y a aussi le G 16, et bien sûr le G 20, avec la Corée ou l’Australie. Au total, le monde accouche d’une nouvelle gouvernance tant mieux, mais pour l’instant l’image n’est pas très nette. Sur le fond, le jugement est-il le même ? Pour répondre à cette question, il faudrait être clair sur le but de ces réunions. A cause de la médiatisation, à cause de la crise, ce devrait être une occasion unique de parler à l’opinion mondiale, aux acteurs politiques, économiques, et aussi de prendre des décisions. Pour résumer, dans ce moment inédit depuis 1945, l’objectif devrait être de provoquer un choc de confiance. C’est ce qu’a fait le G20 de Londres début avril. Ce n’est pas ce qu’a fait le G8 depuis deux jours. Il suffit de constater que ce sommet, sur les principales télévisions hier soir, n’a pas occupé plus de deux minutes. Les dirigeants ont quand même dit des choses sur l’économie, mais difficile de savoir quel message a été envoyé. Le communiqué officiel voit des signes de stabilisation mais dit aussi que la situation reste incertaine et risquée. C’est vrai : l’économie hésite, entre une Chine qui repart, des Etats-Unis qui frémissent et une Europe qui patine. En fait, tout le monde est dans l’attente. Et on voit que chaque pays a ses objectifs. Barack Obama veut contenir la pression qui monte chez lui sur un second plan de relance. Avant ses élections, Angela Merkel veut prouver aux Allemands qu’elle est la sagesse budgétaire même. Nicolas Sarkozy, lui, au contraire ne veut pas trop parler des déficits puisqu’il prépare de grands investissements. Et sur le climat ? Les dirigeants ont promis de limiter à 2° le réchauffement d’ici 2050, deux générations. La belle affaire ! Il y a un abysse entre cet engagement sans mode d’emploi et l’état d’esprit de l’opinion mondiale. Les raisons du désaccord ? L’Europe estime avoir déjà fait beaucoup, et c’est vrai. Les grands émergents ne veulent pas casser leur croissance. Les pays pauvres veulent être aidés. Les Etats-Unis, enfin, ont changé d’état d’esprit mais ils attendent que les autres bougent, Barack Obama l’a redit. Ce qui, de la part d’un pays inerte depuis vingt ans, est osé. Conclusion ? Sur l’économie, tout le monde a rendez-vous en septembre à Pittsburgh, en Pennsylvanie, et sur le climat, à Copenhague en décembre. Et donc que l’Aquila n’est ni un point de départ, ni un point d’arrivée, juste un point d’étape.

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