Commenter les relaxes décidées par la justice dans l’affaire Tapie ? Oui, mais sous un autre point de vue.

Bernard Tapie et Stéphane Richard
Bernard Tapie et Stéphane Richard © AFP / Emmanuel DUNAND et ISSOUF SANOGO

Il suffisait de voir hier la joie de Bernard Tapie et de Stéphane Richard, patron d'Orange qui était là au titre de ses anciennes fonctions à Bercy en 2008, pour mesurer l’importance de la décision et de la surprise. 

Bien sûr, les premières leçons sont que la présomption d’innocence ne devrait jamais être oubliée et la durée d'un feuilleton qui dure depuis 26 ans. Mais il faut aller plus loin pour analyser ce presque ultime épisode de la décision politique de faire trancher le long conflit Crédit Lyonnais-Tapie sur Adidas par des arbitres extérieurs à la justice, lesquels arbitres ont donné raison à Tapie, avec un enjeu de 400 millions d’euros. 

Si on prend des lunettes marxistes (!), on voit :

Que le système judiciaire dans son ensemble a gagné parce qu’il est certain que la procédure arbitrale est morte et enterrée dans les affaires de ce type. La justice a eu sa peau. 

Que l’Etat dans ses profondeurs (on ne parle pas de deep state ...) a pour l’instant sauvé l’essentiel : il va récupérer l’argent. Je me souviens d’un haut fonctionnaire de Bercy, il y a dix ans, qui m’avait dit : l’Etat a l’éternité devant lui, il ira de tribunal en tribunal jusqu’à ce qu’il récupère l’argent. 

Et au-delà encore ? Le spectacle offert par la justice n’est pas brillant. Les juges d’instruction et le parquet étaient persuadés qu’il y avait une fraude pénale - une opération montée de bout en bout pour escroquer l’Etat - la France a été tenue en haleine, ils se sont fracassés contre le mur du droit : il n’y a pas de preuves de ce complot. On ne peut pas avoir un désaveu plus cinglant.

La justice a finalement bien fonctionné, dira-t-on. Oui. Sauf que ce n’est pas fini, que la justice pénale contredit aux yeux de tous la justice civile, et que l’opinion va retenir qu’après tant de fumée si longtemps il y avait quand même sans doute du feu mais que les puissants s’en tirent toujours

Le PDG d’Orange reste en place : pour la vie économique, c’est la seule conséquence très concrète de ce jugement. Cela fait six ans que le sort de Stéphane Richard, qui était le directeur de cabinet de Christine Lagarde quand l’arbitrage a été décidé, est suspendu à cette décision, et il serait parti si une condamnation avait été prononcée, le gouvernement avait été clair sur le sujet. Eh bien, le tribunal a tranché, il est innocent. L’entreprise, qui compte 150 000 salariés, ne connaîtra pas de crise de gouvernance - jusqu’à une prochaine étape si le parquet fait appel. 

Il faut noter que de bout en bout les salariés et les syndicats l’ont soutenu. C'est vrai, ça ce n’est pas très marxiste.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.