La Cour des comptes est effarée par le coût du futur programme EPR ; l'Académie des sciences considère que l'arrêt de Fessenheim est un contresens. La France a décidément du mal avec nucléaire civil.

Un employé EDF en combinaison dans la zone nucléaire du réacteur BR4 dans la centrale nucléaire de Chinon en France.
Un employé EDF en combinaison dans la zone nucléaire du réacteur BR4 dans la centrale nucléaire de Chinon en France. © AFP / GUILLAUME SOUVANT

Cette semaine, deux prises de positions (l’une de la Cour des comptes et l’autre de l’Académie des sciences) montrent combien les choix stratégiques de la France sur le nucléaire civil sont devenus difficiles à suivre. Quand on mélange dans la cuve des choix purement politiques, techniques, économiques et climatiques, et que l’on remue tout cela, cela fait une soupe étrange!  

Hier, d’abord, la Cour des comptes a exprimé de gros doutes sur la capacité d’EDF à construire des nouveaux EPR dans les délais et à des coûts acceptables. Les EPR ce sont les réacteurs nucléaires de troisième génération, infiniment plus sûrs et efficaces, EDF en projette six. 

Mais c’est redit, l’exemple de la centrale de Flamanville, dans la Manche, n’est pas rassurant du tout sur le plan financier. Il y a des retards tout le temps et la dérive financière fait que le coût du projet s’approche désormais des 20 milliards d’euros, selon les calculs de la Cour des comptes, pour un prix du KWh "sorti" deux fois plus élevé que celui des éoliennes offshores. Bref, EPR rime avec très, trop cher. 

Et d’un autre côté, l’Académie des sciences a publié mardi une note furax (furieuse on peut dire ça comme ça) pour expliquer que la fermeture de Fessenheim est un total contre-sens. 

L’académie des sciences, depuis 1666, c’est une assemblée de scientifiques de haut niveau au sein de l’Institut de France, comme l’Académie française. La note redit que fermer une centrale amortie depuis longtemps et en bon état n’a aucun sens quand la lutte contre le réchauffement climatique est une urgence. Elle met en garde contre les 12 autres fermetures prévues.

Que conclure de ces deux avis ? 

Il n’y a pas à rougir du nucléaire passé, il y a à s’inquiéter du nucléaire à venir. Les responsables politiques sont doublement faibles. François Hollande a cédé sur Fessenheim sous la pression des écologistes, Emmanuel Macron l’a confirmé : aucun des deux n’en a pourtant tiré l’once du début de l’ombre d’un bénéfice politique. Ce n’est jamais assez alors que sur le plan climatique, c’est aberrant. 

Mais les gouvernements se montrent également faibles devant les experts du nucléaire, dont les résultats sur les EPR ne convainquent pas. 

Au total, certains renouvelables deviennent financièrement compétitifs, il y a donc un doute réel sur le nucléaire du futur -mais une base pilotable restera quoi qu'il en soit nécessaire. Mais la production d’électricité est en France aujourd'hui l’une des plus décarbonées au monde, et depuis 50 ans la France a émis infiniment moins de CO2 que l’Allemagne pour produire de l’électricité. Tout en discutant matin midi et soir.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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