L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». _____Dix grandes banques américaines vont rembourser au Trésor 68 milliards de dollars d’aide publique reçus à l’automne. Si ce n’est pas la fin de l’histoire de la crise, c’est un chapitre clé qui se referme. Il ne s’agit pas de n’importe quelles banques, mais de celles qui font la pluie et le beau temps à Wall Street : JP Morgan Chase, Morgan Stanley, American Express ou Bank of America. A l’automne, après la faillite de Lehman Brothers, le Trésor américain avait dû voler à leur secours. Aujourd’hui, la situation est suffisamment rétablie pour qu’elles se passent de l’aide du contribuable. Ça, c’est le premier point. Mais un second mérite encore plus l’attention. Les patrons de ces banques ne vont pas signer ces chèques énormes le cœur lourd, ils ont au contraire le cœur léger. Car ce sont eux qui souhaitent rembourser l’argent. Pour retrouver leur liberté, y compris pour payer leurs salariés comme ils l’entendent. Et de cet événement, trois lectures sont possibles : l’une jubilatoire, la seconde dérisoire, la troisième carrément noire. La première lecture est très optimiste. Le début du remboursement des aides publiques constitue une nouvelle rassurante, jubilatoire. Si en plus, les autorités américaines disent oui, c’est que le climat s’améliore vraiment aux Etats-Unis. Wall Street a regagné plus de 30% en trois mois et certains indicateurs de ces derniers jours ont été les meilleurs depuis longtemps. Ainsi, les derniers chiffres sur l’emploi ont montré que l’économie avait détruit en mai « seulement » 350.000 postes, moitié moins que les six mois précédents. Voilà pourquoi ce remboursement mériterait donc d’être salué à la fois comme un symbole et un signal. Mais il y a aussi une deuxième lecture, un peu dérisoire peut-être, c’est la comparaison. Etats-Unis-Europe. Là-bas, on célèbre des pousses de printemps, mais ici c’est encore l’hiver. Du côté de la finance, les banques n’en sont pas à rembourser les Etats, elles refusent de faire les fameux « stress tests », les tests de résistance que réclament le FMI ou les autres pays. Parce que, et c’est vrai, il y a eu beaucoup moins de dégâts. Du côté de l’économie, le retournement n’est pas visible, et certaines mesures de relance, notamment en France, ont du retard à l’allumage. Au total, les bonnes nouvelles sont encore rares en Europe. La dernière façon de décrypter cette page tournée pour les banques américaines est que l’empressement des banquiers américains à effacer les derniers mois est inquiétant. Croient-ils que tout va redevenir comme avant ? Avec le niveau des dettes publiques, c’est de toute façon impossible. Autre crainte, la réforme du système financier. Les Etats-Unis agissent dans leur coin, discutent peu. Pendant ce temps, les Européens, eux, pinaillent, se chamaillent, on l’a encore vu à Luxembourg hier entre les ministres des Finances, alors que la place du Vieux continent dans le monde de demain est une vraie question – Tim Geithner, le secrétaire au Trésor, s’intéresse plus à la Chine qu’à l’Europe. Dernier sujet non traité, comment assurer une croissance des revenus des classes moyennes dans les pays riches, vrai problème des dix dernières années ? La crise est si dure, et elle n’est pas finie, qu’on aimerait au moins qu’elle serve à quelque chose avant de passer à autre chose.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.